Points clés
1. Le processus de paix : une illusion bâtie sur une histoire refoulée
Les artisans de la paix se sont concentrés sur la répression de l’histoire en choisissant arbitrairement un point de départ et en définissant le conflit comme une simple querelle territoriale, le défi se réduisant à tracer des lignes sur une carte.
Ignorer les racines. Les accords d’Oslo et les efforts de paix qui ont suivi ont fondamentalement mal diagnostiqué le conflit israélo-palestinien, le réduisant à un différend territorial sur la Cisjordanie et Gaza (après 1967). Cette approche a délibérément occulté les griefs historiques profonds, les blessures émotionnelles et les revendications existentielles ancrées dans la Nakba de 1948 (la catastrophe palestinienne) et la fondation même d’Israël. En tentant de « réprimer l’histoire », les artisans de la paix ont imposé un cadre artificiel qui ne résonnait pas avec les réalités profondes et les aspirations des deux peuples.
Des solutions superficielles. Le processus a privilégié des « négociations aseptisées » et des « compréhensions textuelles » au détriment d’une véritable réconciliation des récits concurrents. Les diplomates se sont attachés à faire prononcer aux dirigeants des « mots talismaniques » et à signer des documents, convaincus que l’ambiguïté sur la destination finale rendrait les accords possibles, même si elle en rendait la rupture « inexorable ». Cela a créé une façade de progrès où l’apparence primait sur la vérité sous-jacente, conduisant à un cycle de promesses non tenues et de désespoir renouvelé.
Les conséquences du déni. Cette suppression délibérée de l’histoire a assuré son retour violent et inévitable. Le conflit n’a jamais été qu’une question de tracé de frontières ; il s’agissait de justice, de rédemption, de dignité, d’autodétermination pour les Palestiniens, et d’acceptation véritable et de sécurité éternelle pour les Israéliens. Ignorer ces enjeux fondamentaux signifiait que toute « paix » obtenue serait fragile, temporaire, et incapable de résister à la redoutable revanche d’un passé qui refusait obstinément d’être oublié.
2. La solution à deux États : un concept étranger, non une aspiration partagée
Ce qu’elle n’a été, sauf pendant une période relativement courte, c’est une revendication indigène palestinienne ou juive.
Origines externes. L’idée de partitionner la Palestine historique en deux États fut avant tout une imposition étrangère, d’abord proposée par la Commission Peel britannique en 1937, puis par le plan de partition de l’ONU en 1947. Pendant une grande partie de leur histoire, ni les Israéliens ni les Palestiniens ne l’ont véritablement adoptée comme objectif principal. Les sionistes la voyaient souvent comme une étape vers le contrôle de toute la Palestine, tandis que les Palestiniens la rejetaient farouchement comme un recul par rapport à la souveraineté sur l’ensemble du territoire.
Motivations décalées. Lorsque les Palestiniens ont fini par s’y rallier à la fin des années 1980 (après des décennies de revendication d’un État démocratique binational), les Israéliens s’en étaient largement détournés. La réévaluation prudente d’Israël, motivée par des préoccupations démographiques — maintenir une majorité juive — plutôt que par la volonté de reconnaître les droits palestiniens, signifiait que même lorsque les deux parties soutenaient nominalement une solution à deux États, leurs motivations profondes restaient tactiques, non stratégiques, et souvent contradictoires.
Perte d’éclat. Pour les Palestiniens, la création d’un État était un substitut à la libération et à la dignité, non une fin en soi. Lorsque la solution à deux États est devenue un « projet technocratique » ouvertement destiné à protéger les intérêts israéliens et à vaincre le Hamas, elle a perdu son « éclat » et son « attrait ». Son « étreinte étouffante » par l’Occident, en particulier par les États-Unis, l’a transformée d’une idée nationale en un concept essentiellement étranger, diminuant sa valeur aux yeux des Palestiniens et suscitant le mépris pour ce qui ressemblait à un « lot de consolation pour les vaincus ».
3. Camp David 2000 : une tragédie de mauvais jugements et d’intentions décalées
Si Arafat avait consenti à la proposition israélo-américaine en 2000, nous aurions peut-être eu un État palestinien il y a vingt ans. Mais si Barak avait accepté les idées palestiniennes la même année, nous célébrerions aujourd’hui deux décennies de paix israélo-palestinienne.
Jeu des responsabilités. L’échec de Camp David 2000 est souvent imputé uniquement à l’inflexibilité de Yasser Arafat, un récit perpétué par les responsables américains et israéliens. Pourtant, ce sommet fut une « tragédie d’erreurs » à responsabilité partagée. Le Premier ministre israélien Ehud Barak a adopté une approche caractérisée par :
- Le mépris des accords antérieurs
- L’intensification de la construction de colonies
- L’insistance sur un sommet à enjeux binaires et à haut risque
- Le refus d’engager un dialogue direct avec Arafat
Passivité palestinienne. Convaincu qu’il s’agissait d’un « complot américano-israélien » et d’un « piège », Arafat est venu en « mode survie », cherchant à limiter les pertes plutôt qu’à maximiser les gains. Son équipe est restée largement passive, considérant les propositions israéliennes comme éphémères et peu sérieuses en raison de leurs modifications constantes. Ils percevaient les « offres » israéliennes non comme un geste de générosité, mais comme une négociation sur des terres qui leur revenaient de droit, enracinée dans une histoire de dépossession.
Lignes rouges éphémères. Les positions d’Israël sur le territoire et Jérusalem ont évolué de manière spectaculaire durant le sommet, chaque « ligne rouge » s’avérant être un « faux plancher ». Ce changement constant, présenté comme de la magnanimité, renforçait la suspicion palestinienne que les États-Unis et Israël « jouaient avec les droits palestiniens ». L’absence d’une position américaine claire et cohérente, conjuguée à sa soumission aux exigences israéliennes, a encore sapé toute chance d’un accord véritablement mutuel et acceptable.
4. Le rôle américain : un cycle de médiation inefficace et de tromperie stratégique
Les États-Unis n’ont pas seulement été incapables d’atteindre leurs objectifs ; loin d’améliorer la situation, leur implication dans les affaires israélo-palestiniennes et leur emprise sur le processus de paix l’ont souvent aggravée.
Dynamiques déformées. Le rôle autoproclamé des États-Unis comme principal médiateur a souvent faussé la dynamique israélo-palestinienne. Ils ont protégé Israël de toute pression, soutenu une « Autorité palestinienne inefficace » et invoqué un « progrès imaginaire et imminent » pour écarter d’autres méthodes de résolution du conflit. Cela a créé une situation où les Israéliens jouissaient du « luxe d’être épargnés du prix de leurs actes », tandis que les Palestiniens se voyaient offrir l’« illusion qu’un déséquilibre flagrant de pouvoir pourrait être corrigé ».
« Mensonges, sacrés mensonges. » La diplomatie américaine s’est caractérisée par des « fabrications persistantes » qui n’ont trompé personne, y compris ceux qui les prononçaient. Parmi elles :
- Les affirmations répétées d’une solution à deux États imminente.
- Les prétentions à un souci égal pour Israéliens et Palestiniens.
- Les avertissements sur l’« insoutenabilité » du statu quo (malgré sa persistance depuis des décennies).
- L’optimisme infondé quant aux accords de cessez-le-feu.
Un pouvoir sans but. Malgré un levier financier, militaire et diplomatique immense, les États-Unis ont systématiquement échoué à convaincre l’une ou l’autre partie d’agir selon leurs souhaits, même sur des enjeux « marginaux ». Ce « fossé entre capacité et accomplissement » découle d’un désir de paix « trop peu et trop à la fois ». Le progrès n’a jamais été un objectif stratégique unique, mais servait plutôt des buts secondaires comme la stabilité régionale ou la gestion des relations avec les alliés arabes, faisant de la quête de la paix une question d’apparence plus que de réalisation authentique.
5. Le déclin de la direction palestinienne : de la libération à la gouvernance, perte de légitimité
L’Autorité palestinienne, instrument né des accords d’Oslo de 1993 et censée les protéger, a échoué ; la diplomatie, voie censée les libérer, s’est révélée une impasse.
Crise d’identité. Oslo a introduit une contradiction fondamentale pour le mouvement palestinien : lutte de libération ou parti politique axé sur la gouvernance ? Le Fatah, jadis cœur de la lutte armée, s’est retrouvé pris entre ces rôles, conduisant à :
- Des dirigeants troquant leurs rôles militants contre des postes ministériels.
- Des activistes devenant intermédiaires et entrepreneurs.
- Des militants se sentant trahis et désabusés.
- Des réfugiés se sentant ignorés.
Érosion de l’autorité. Yasser Arafat, avec son « fusil dans une main et la branche d’olivier dans l’autre », a su naviguer cette division, mais ses successeurs, notamment Mahmoud Abbas, manquaient de son charisme et de son poids symbolique. L’engagement d’Abbas en faveur de la non-violence et de la diplomatie, séduisant pour l’Occident, a aliéné de nombreux Palestiniens qui y voyaient un « désarmement unilatéral sans retours tangibles ». Sa dépendance aux bienfaiteurs étrangers et sa coopération sécuritaire avec Israël ont encore miné sa légitimité, le faisant apparaître plus soucieux de survie que d’intérêt national.
« Le néant. » L’ère dite du « fayyadisme », portée par le Premier ministre Salam Fayyad, s’est concentrée sur la construction d’institutions étatiques et la bonne gouvernance sous occupation. Si elle a apporté une certaine stabilité économique et sécuritaire, elle a échoué politiquement. Les Palestiniens avaient le sentiment que leur destin était écrit par d’autres, et le « prix de l’État a perdu son éclat » lorsqu’il est devenu un « projet technocratique » visant à protéger les intérêts israéliens. Fayyad lui-même a conclu : « Je représente l’adresse de l’échec… C’est le résultat du néant. »
6. La dualité du Hamas : pragmatisme et militantisme dans un cycle de défiance
Le Hamas est deux mouvements en un. Il est une branche des Frères musulmans, dont l’objectif principal est la construction patiente d’une société islamique autosuffisante, qui considère l’élimination d’Israël comme un objectif nécessaire mais à long terme, et pour qui la violence n’est pas l’outil de premier recours. C’est aussi un groupe nationaliste, pour qui la priorité est de mettre fin à l’occupation israélienne et pour qui la lutte armée est le moyen d’y parvenir.
Identité double. Hamas est issu des Frères musulmans, privilégiant initialement la transformation sociale et religieuse à une confrontation armée immédiate. Cependant, la première Intifada (1987) l’a contraint à adopter la lutte armée parallèlement à son agenda social. Cette dualité a permis à Hamas de :
- Combiner gouvernance et résistance.
- Être ouvert à des trêves à long terme (hudna) tout en maintenant son objectif ultime d’élimination d’Israël.
- Adapter ses tactiques selon les circonstances, de la construction d’institutions aux attaques.
Gain de légitimité. À mesure que le processus de paix d’Oslo s’effondrait et que la stratégie diplomatique du Fatah échouait, l’approche plus défiant et transactionnelle de Hamas envers Israël gagnait du terrain. Sa victoire électorale en 2006, malgré l’opposition occidentale et israélienne, fut un « vote de protestation » contre la corruption du Fatah et la futilité perçue de la diplomatie. Cela a consolidé la position de Hamas comme un leader significatif, quoique controversé, du mouvement national palestinien.
Le cycle de Gaza. Le règne de Hamas à Gaza, après la scission de 2007 avec le Fatah, a instauré un « scénario mortel » avec Israël :
- Hamas lançait des roquettes ; Israël répondait par une force disproportionnée.
- Des pourparlers indirects menaient à des cessez-le-feu, échanges de prisonniers et promesses d’allègement du blocus.
- Israël revendiquait la domination militaire ; Hamas revendiquait la victoire en restant debout.
Ce cycle, bien que paraissant insensé, offrait des avantages aux deux parties : Israël contenait Hamas sans perdre le contrôle, et Hamas gagnait en reconnaissance comme interlocuteur conséquent, prouvant que la résistance portait ses fruits.
7. Le 7 octobre : la revanche de l’histoire, non une aberration
Le 7 octobre n’a pas été une tentative calculée d’atteindre des objectifs spécifiques, aussi ambitieux ou irréalistes soient-ils. Ce fut une entreprise irrationnelle visant à provoquer la fin d’Israël.
Choc prévisible. Les attaques du 7 octobre 2023, bien que « profondément choquantes », étaient « tout à fait prévisibles » compte tenu du contexte historique et de la nature duale de Hamas. La « complaisance née de l’arrogance » d’Israël et sa politique de longue date de contenir Hamas par la pression économique et l’isolement physique ont créé les conditions d’une « explosion ». Les dirigeants de Hamas, notamment Yahya Sinwar, avaient publiquement averti que la situation « insoutenable » à Gaza mènerait à une confrontation « inévitable ».
Reprise du passé. L’attaque n’était pas nouvelle dans sa nature, mais inédite par son ampleur, rappelant les opérations militantes palestiniennes antérieures visant à infliger un maximum de dégâts, prendre des otages et rappeler au monde la cause palestinienne. Elle était « profondément palestinienne », exprimant des sentiments enracinés de dépossession et un désir de vengeance. Nombre de Palestiniens ont réagi avec « fierté et exaltation », la percevant comme un acte d’autodétermination et une « reconquête d’un passé palestinien ».
Représentation historique. La réponse d’Israël, une « guerre de destruction », s’inscrivait aussi dans une longue tradition sioniste de « destruction, déplacement et dépossession ». Les deux camps voyaient les actions de l’autre comme l’accomplissement de leurs « cauchemars nationaux » — nettoyage ethnique pour les Palestiniens, extermination pour les Israéliens. Le 7 octobre et ses suites furent des « reconstitutions historiques », dévoilant la « supercherie d’un processus de paix creux » et ramenant le conflit à sa « forme originelle et primitive ».
8. La résilience du statu quo : un enfer confortable pour certains
Ici et maintenant, c’est une posture difficile à blâmer. Pour la plupart, les Israéliens n’ont pas eu à en payer le prix, et lorsqu’ils l’ont fait — une révolte palestinienne ou des actes de violence — cela a renforcé leur réticence à récompenser ou à habiliter ceux qui leur présentaient la facture, et accru leur hésitation à prendre ce qui serait inévitablement un pari incertain sur leur avenir.
Viabilité durable. Malgré les déclarations constantes de son « insoutenabilité », le statu quo s’est révélé remarquablement résistant, durant plus d’un demi-siècle. Pour les Israéliens, il offre :
- Le contrôle des terres, ressources et vies palestiniennes.
- La prospérité économique.
- La capacité de gérer et réprimer la violence grâce à une force militaire supérieure.
- Des subventions pour l’occupation venant des puissances occidentales.
- Une direction palestinienne divisée, affaiblissant les appels à un État unifié.
Dépendance palestinienne. Pour l’Autorité palestinienne, le statu quo, bien qu’oppressif, procure une certaine stabilité, une sécurité financière (grâce aux donateurs étrangers) et du pouvoir à son élite. Le « processus d’Oslo a donné aux Palestiniens une légitimité qu’il leur a retirée en liberté d’action », créant une « culture de dépendance ». Les menaces de dissolution de l’Autorité ou de désobéissance civile se révèlent souvent « vaines », la direction craignant de perdre son pouvoir acquis et ses avantages économiques.
Aucun incitatif au changement. Aucun des deux camps n’a de raison impérieuse de modifier fondamentalement le statu quo. Les Israéliens ne voient pas d’urgence à prendre des « risques sécuritaires » ou à provoquer des « divisions politiques internes profondes » pour une « solution à deux États » alors que leur situation actuelle reste gérable. Les Palestiniens, bien que souffrants, constatent souvent que leur direction est incapable ou peu disposée à poursuivre des alternatives efficaces, conduisant à un cycle où « l’épuisement est le moins ressenti par ceux qui sont les plus prêts à lutter ».
9. Désirs inassouvis : au-delà des frontières et des solutions techniques
Les objectifs politiques, aussi lourds soient-ils, ne sont pas les mêmes que les aspirations profondes. Celles-ci vont plus loin. Elles donnent vie à l’expérience historique.
Au-delà de la carte. L’échec du processus de paix tient à son incapacité à répondre aux « aspirations profondes » des deux peuples, qui dépassent largement les « pourcentages territoriaux » ou les « arrangements sécuritaires ». Pour les Israéliens, cela inclut :
- Le désir d’une acceptation sans réserve et d’une « sécurité ordinaire ».
- La liberté vis-à-vis du spectre du retour des réfugiés palestiniens.
- Un « attachement profond à la terre, dans son intégralité ».
Justice et dignité. Pour les Palestiniens, les revendications centrales concernent :
- La reconnaissance de l’expérience historique de « dépossession, expulsion, dispersion, massacres, occupation, discrimination ».
- La reconnaissance et la réparation de la Nakba.
- La préservation du « droit au retour » des réfugiés.
- L’obtention d’une véritable autodétermination et dignité.
Le « théorème de Gödel » du conflit. Le conflit habite « deux mondes à la fois : celui du rationnel et de l’irrationnel, de la raison et de l’émotion ». Une résolution purement « rationnelle » axée sur des solutions techniques ne peut être « complète » car elle ignore les impulsions émotionnelles. Inversement, une résolution « complète » intégrant ces impulsions peut ne pas être « cohérente en interne ». Cette tension inhérente signifie que tout « compromis habile sur les réalités présentes » devra inévitablement affronter les « fantômes du passé ».
10. L’illusion de l’omnipotence américaine : un fossé entre capacité et accomplissement
La tragédie du processus de paix n’est pas la faute des seuls États-Unis. Mais il est difficile d’imaginer un plus grand fossé entre capacité et accomplissement. En cela, les États-Unis se distinguent. Le tyran fut tyrannisé et ne fit rien.
Géant impuissant. Malgré son statut de seule superpuissance dotée d’un levier immense, le bilan américain dans le conflit israélo-palestinien est « abyssal ». Son implication a souvent « aggravé la situation », échouant à atteindre ses objectifs déclarés ou à convaincre l’une ou l’autre partie d’agir selon ses souhaits. Ce « fossé entre capacité et accomplissement » est unique, les États-Unis ayant été « régulièrement repoussés » par Israéliens et Palestiniens, sans faire guère plus que « constater leur propre embarras ».
Erreurs stratégiques. Les échecs américains proviennent de :
- La priorité donnée à des intérêts secondaires plutôt qu’à une résolution authentique.
- La croyance que la « rassurance, non la pression » ferait bouger Israël.
- La méconnaissance de la politique palestinienne, cherchant constamment des partenaires « modérés » dépourvus de légitimité populaire.
- L’ignorance des leçons de leur propre histoire au Moyen-Orient, répétant des stratégies vouées à l’échec.
Le « mensonge » de l’optimisme. Les responsables américains prononçaient régulièrement des « paroles creuses » et faisaient des « affirmations aisément démenties par les faits », créant un « univers parallèle » de « discours enjolivés ». Cette « poursuite obstinée et défense publique de politiques que le savoir, l’expérience et le bon sens devraient condamner » a engendré cynisme et perte de crédibilité. « Le sérieux avec lequel elles sont prononcées n’est pas rédempteur. Il est déroutant, ce qui les rend d’autant plus destructrices. »
11. Le pouvoir durable du passé : demain est hier
Demain est hier parce qu’hier — avant la prétendue indifférence à l’histoire et avant les négociations aseptisées entre deux parties inégales médiatisées par un tiers puissant qui prend parti pour le plus fort — est le refuge des Israéliens et des Palestiniens.
Retour aux origines. L’effondrement du processus de paix et les événements du 7 octobre représentent un « retour au passé », où le conflit retrouve sa « forme originelle » de « violence nue et débridée ». Israéliens et Palestiniens cherchent refuge dans un passé où leurs récits sont intacts, et où l’autre est souhaité « disparu ». Cela signifie :
- Les Israéliens retournent au « triomphalisme », conquérants mais incapables de l’emporter.
- Les Palestiniens retournent à la « survie », endurant mais confrontés à la perte et au chaos.
Échos historiques. Le paysage actuel est chargé de reconstitutions historiques :
- Montée des conflits communautaires et violences des colons en Cisjordanie, rappelant « l’ambition ancestrale de chasser les Palestiniens de la terre ».
- Groupes armés palestiniens recourant à des « formes non conventionnelles de guerre », évoquant les premières attaques des fedayin.
- Hostilité mondiale envers Israël et montée de l’antisémitisme, reflétant les divisions de la diaspora au début du XXe siècle.
- Polarisation interne d’Israël coexistant avec un brouillage des lignes sur la question palestinienne, la majorité embrassant ses marges.
Un avenir troublant. L’avenir sera « déconcertant », dépourvu de la « clarté et simplicité d’un moment familier ». La « théologie du processus de paix » a été renversée, et le « deuil qui accompagne la destruction » autorise à « renoncer aux notions rigides et revisiter les tabous passés ». Cela ne promet pas une voie facile, mais un retour aux dynamiques « instinctives et brutes » d’un conflit profondément enraciné dans l’histoire, où « les vieilles injustices restent sans réponse, et de nouvelles attendent l’heure de la vengeance ».
12. La voie à suivre : reconnaître la complexité et embrasser le dérangeant
Une rupture d’une telle ampleur, si épique, un délabrement physique, humain et politique aussi complet, peut être rédemptrice. Elle purge les mensonges et dévoile des vérités inconfortables.
Au-delà des cadres étroits. La désolation actuelle offre une chance de « réévaluation radicale ». Les efforts futurs doivent dépasser le « fragment de communautés » et le « lexique étranger » qui ont défini la diplomatie passée. Cela signifie :
- Repenser les participants pour inclure les divers « Israéliens » et « Palestiniens » — laïcs, religieux, diaspora, citoyens, colons, réfugiés.
- Reconnaître leurs « points de vue et préoccupations », même s’ils sont « désordonnés et acrimonieux ».
- Envisager des solutions « non conventionnelles » détachées des notions rigides de souveraineté territoriale.
Affronter l’histoire. L’inclination à « se concentrer sur l’ici et maintenant » et à rejeter les « questions narratives » comme de simples « formulations » s’est avérée vaine. Une résolution authentique exige un « règlement historique douloureux », confrontant :
- Justice, responsabilité, reddition de comptes et droits pour tous les groupes concernés.
- Les « émotions les plus viscérales et profondes » des deux peuples.
- Les origines du conflit en 1948, pas seulement en 1967.
Cela implique de dépasser la « paix comme expérience de laboratoire » ou « formule algébrique » pour embrasser le « rationnel et l’irrationnel, la raison et l’émotion ».
Nouvelles approches. Les négociations directes israélo-palestiniennes, souvent une « mascarade » reproduisant les déséquilibres de pouvoir, ne sont pas le « seul outil concevable ». Les alternatives incluent :
- Des mesures unilatérales de part et d’autre.
- Des initiatives tierces (résolutions de l’ONU, tribunaux internationaux).
- Des actions de puissances externes ciblant un seul belligérant.
- Un rôle plus large et central des gouvernements arabes, reflétant leur interdépendance historique avec la cause palestinienne.
L’avenir sera « confus », avec des « horizons temporels » étendus, imperméables aux calendriers étrangers. L’objectif n’est pas de trouver une « grande solution toute prête », mais de naviguer une réalité complexe où « le futur est la pire chose du présent », tout en offrant le potentiel d’un chemin plus honnête, quoique dérangeant.
Résumé des avis
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