Points clés
1. L’obsession d’un voleur : l’attrait des livres rares
J’aime cette sensation d’avoir entre les mains un livre qui vaut cinq ou dix mille dollars. Et puis, il y a ce regard admiratif que les autres vous lancent.
Statut et admiration. L’obsession de John Gilkey pour les livres rares ne venait pas seulement de son amour pour la littérature, mais aussi d’un désir profond de statut social et d’admiration. Il aspirait à posséder des objets précieux et au respect qu’il pensait en retirer. Ce besoin alimentait ses activités criminelles, puisqu’il cherchait à acquérir des ouvrages capables d’élever sa position sociale et de concrétiser son rêve d’une vie cultivée et aisée.
Le fantasme victorien. La vision que Gilkey se faisait de la vie idéale était largement influencée par les films britanniques de l’époque victorienne, où les gentlemen possédaient de vastes bibliothèques et portaient des vestes de smoking. Cette image romantique nourrissait son désir de constituer une collection semblable, sans se soucier des implications éthiques. Il voulait créer un sanctuaire personnel, un lieu où il pourrait s’immerger dans les signes extérieurs de richesse et d’érudition.
Plus qu’une simple lecture. Pour Gilkey, les livres eux-mêmes passaient souvent au second plan face à leur présence physique et à leur valeur perçue. Il avouait rarement lire les ouvrages qu’il volait, préférant se concentrer sur leur attrait esthétique et le prestige qu’ils conféraient. Cela souligne une différence essentielle entre un amoureux des livres et un collectionneur, ce dernier privilégiant souvent la possession et l’exposition au détriment de la lecture.
2. La genèse d’un voleur : influences précoces et premiers délits
Je gardais une collection de bandes dessinées Richie Rich dans ma chambre.
Une initiation précoce à la collection. L’intérêt de Gilkey pour la collection a débuté dans son enfance avec les bandes dessinées Richie Rich, fasciné par la richesse du personnage et son accès aux trésors. Cette fascination initiale pour les possessions matérielles et la gratification instantanée a jeté les bases de son obsession ultérieure pour les livres rares. Les trouvailles de ses parents lors de vide-greniers lui ont aussi inculqué l’idée que des objets apparemment sans valeur pouvaient prendre de la valeur.
Une affaire de famille. Gilkey décrivait une culture familiale où le vol entre membres était courant, banalisant ainsi l’acte de prendre ce qui ne lui appartenait pas. Ce contexte a probablement émoussé sa conscience éthique et contribué à son sens déformé de la justice. Son premier délit, le vol d’un gant de receveur, est resté impuni, renforçant l’idée qu’il pouvait s’approprier ce qu’il voulait sans conséquence.
L’inspiration de la fiction. Pendant son incarcération, Gilkey a lu Booked to Die de John Dunning, un roman mettant en scène une femme collectionneuse qui tire profit de sa connaissance des livres rares. Ce livre l’a poussé à devenir plus sérieux et rigoureux dans ses recherches, transformant son intérêt occasionnel en une quête ciblée de pièces précieuses.
3. Le flic des livres : la traque infatigable de Ken Sanders
Je pensais qu’il serait attiré par une bonne foire comme un papillon de nuit par la lumière, et qu’il serait là pour voler des livres.
Une passion pour la justice. Ken Sanders, marchand de livres rares animé d’un fort sens de la justice, a pris la responsabilité de la sécurité au sein de l’Antiquarian Booksellers' Association of America (ABAA). Animé par le désir de protéger ses collègues et l’intégrité du commerce des livres rares, il s’est consacré à la capture des voleurs, en particulier John Gilkey, devenu sa cible principale.
Une innovation technologique. Sanders a révolutionné le système de sécurité de l’ABAA en mettant en place un système d’alerte par courriel et une base de données des livres volés, permettant aux marchands de partager rapidement les informations sur les vols et de surveiller les objets dérobés. Cette avancée technologique a considérablement renforcé la lutte contre le vol dans ce milieu.
Une vendetta personnelle. La traque de Gilkey par Sanders est devenue profondément personnelle, nourrie par un sentiment de responsabilité envers ses pairs et le désir de tenir le voleur pour responsable. Il a passé d’innombrables heures à suivre les déplacements de Gilkey, à alerter les autres marchands et à collaborer avec les forces de l’ordre pour le traduire en justice.
4. Le lien avec Saks : fraude à la carte bancaire et univers du luxe
C’était aussi simple que ça.
L’opportunité qui frappe à la porte. Le travail de Gilkey chez Saks Fifth Avenue lui donnait accès à une multitude d’informations sur les cartes bancaires, qu’il exploitait pour financer ses vols de livres. Il considérait les comptes de crédit instantanés et les reçus clients comme une véritable « mine d’or », lui permettant d’acquérir des ouvrages précieux sans dépenser son propre argent.
L’attrait du luxe. Travailler chez Saks l’a plongé dans un univers de luxe et de richesse, renforçant son désir de posséder des objets de valeur et d’élever son statut social. Il appréciait les interactions avec une clientèle aisée et s’imaginait parmi eux, entouré de beaux livres et d’autres symboles d’opulence.
Un système calculé. Gilkey a mis au point une méthode systématique pour voler des informations bancaires, choisissant soigneusement les reçus et évitant toute détection. Il comprenait les failles du système et les exploitait à son avantage, faisant preuve d’une approche rusée et méthodique dans ses activités criminelles.
5. Le casse à la foire du livre : un voleur parmi les collectionneurs
Je pensais qu’il serait attiré par une bonne foire comme un papillon de nuit par la lumière.
Audace et assurance. La présence de Gilkey à la California International Antiquarian Book Fair de San Francisco, même après avoir été identifié comme suspect, témoigne de son audace et de sa confiance. Il arpentait les allées, admirant les livres et tentant même de vendre des objets volés, apparemment sans crainte d’être pris.
Une rencontre manquée. Ken Sanders, également présent à la foire, croyait avoir croisé le regard de Gilkey, ressentant une étrange reconnaissance. Pourtant, Gilkey a disparu avant que Sanders ne puisse confirmer son identité, illustrant la capacité du voleur à se fondre dans la foule et à échapper à la détection.
L’homme invisible. Gilkey portait même avec lui une copie de L’Homme invisible de H.G. Wells lors de la foire, un symbole ironique de sa faculté à se déplacer incognito parmi les collectionneurs et marchands. Ce détail ajoute une couche d’ironie à sa présence, alors qu’il cherchait à acquérir davantage de livres tout en restant caché à la vue de tous.
6. Le trésor de Treasure Island : une perquisition et une révélation
Je vais nous construire un grand domaine.
Le repaire d’un collectionneur. La perquisition policière dans l’appartement de Gilkey à Treasure Island a révélé l’ampleur de son obsession, avec des livres et des objets de collection entassés dans chaque recoin. L’appartement servait à la fois de lieu de vie et d’entrepôt pour ses biens mal acquis, soulignant le rôle central que jouaient les livres dans sa vie.
Un inventaire de biens volés. La perquisition a mis au jour une grande variété d’objets volés, incluant des livres rares, autographes, pièces de monnaie et affiches de cinéma, confirmant le statut de voleur prolifique de Gilkey. La présence de listes de courses et de documents de recherche témoignait de sa planification méticuleuse et de son engagement dans ses activités criminelles.
La fin de la route. Cette perquisition a marqué un tournant dans l’histoire de Gilkey, fournissant aux autorités les preuves nécessaires pour monter un dossier solide contre lui. La découverte des biens volés et des informations bancaires a conduit à son arrestation et à son emprisonnement, mettant fin à ses années de vols de livres.
7. L’éthique de la collection : quand la passion franchit la ligne
Chaque livre rare est un livre volé.
La frontière ténue. L’histoire de John Gilkey soulève des questions sur l’éthique de la collection et les motivations qui poussent certains à acquérir des objets rares et précieux. Si beaucoup de collectionneurs sont animés par un amour sincère des livres et le désir de préserver un patrimoine culturel, d’autres peuvent être motivés par la cupidité, le statut ou l’envie de posséder ce qu’ils ne peuvent s’offrir.
La tentation du vol. Plusieurs marchands de livres ont admis avoir été tentés de voler un livre à un moment donné de leur carrière, soulignant l’attrait des objets rares et précieux et la facilité avec laquelle on peut franchir la ligne entre admirateur et voleur. Cela met en lumière l’importance des limites éthiques et la nécessité d’une vigilance constante dans le commerce des livres rares.
Le point de vue des victimes. L’histoire éclaire aussi l’impact du vol sur les victimes, ces marchands qui perdent des objets de valeur et subissent un préjudice financier et émotionnel. Leurs témoignages soulignent l’importance des mesures de sécurité et la nécessité d’un fort esprit communautaire pour lutter contre le vol dans ce milieu.
8. Le cycle du crime : emprisonnement et pulsion de voler
Une fois que vous avez fait de la prison, vous commencez à ressentir ça.
Sentiment de droit et revanche. Les multiples arrestations et incarcérations de Gilkey n’ont guère freiné ses activités criminelles. Au contraire, chaque sortie de prison était suivie d’un regain de sentiment d’avoir droit à quelque chose et d’un désir de vengeance, alimentant son envie de voler davantage et de « rétablir la balance ».
L’inefficacité de la punition. Cette histoire suggère que les formes traditionnelles de punition ne suffisent pas à dissuader des individus comme Gilkey, dont les motivations plongent dans des besoins psychologiques profonds et un sens déformé de la justice. Cela soulève la question de la nécessité d’approches alternatives pour la réhabilitation et le traitement des causes sous-jacentes du comportement criminel.
Un schéma répétitif. La vie de Gilkey se caractérisait par un cycle répétitif de vols, arrestations, emprisonnements et libérations, illustrant la difficulté à rompre avec les schémas criminels. Ce cycle met en lumière l’interaction complexe entre choix individuels, facteurs environnementaux et motivations psychologiques qui contribuent au comportement délictueux.
9. L’attrait du passé : les livres comme histoire tangible
Je veux que mes phrases sentent le cuir de mes chaussures de voyage...
Bien plus que du contenu. Cette histoire souligne l’importance des livres en tant qu’objets physiques, artefacts historiques et réservoirs de souvenirs. Les collectionneurs sont attirés non seulement par les récits et les informations contenus dans les livres, mais aussi par leurs qualités esthétiques, leur ancienneté et leur lien avec le passé.
Une expérience sensorielle. Le commerce des livres rares est une expérience sensorielle, impliquant la vue, le toucher et l’odorat des vieux livres. Les collectionneurs apprécient la sensation des pages épaisses aux bords rugueux, la beauté nette des caractères typographiques, la fermeté des reliures en lin ou en peau de porc, ainsi que l’odeur du papier, autant d’éléments qui participent à leur attrait.
Un lien avec le passé. Les livres anciens offrent un lien tangible avec l’histoire, permettant aux collectionneurs de se connecter de manière personnelle et significative avec le temps passé. L’histoire du Kräutterbuch, un livre de médecine botanique vieux de 400 ans, illustre le pouvoir des livres à transporter les lecteurs vers une autre époque et un autre lieu.
10. La toile d’araignée : tromperie, justification et l’art du vol
Tous, et je dis bien tous, les voleurs de livres sont des menteurs-nés.
Un maître de la tromperie. John Gilkey était un menteur habile, capable de manipuler et de duper les autres pour atteindre ses objectifs. Il utilisait diverses tactiques, comme déguiser sa voix, inventer des histoires et exploiter la confiance des libraires, pour dérober des livres précieux.
Rationaliser le crime. Gilkey justifiait ses actes en affirmant qu’il « rétablissait la balance » face à des marchands riches qui pratiquaient des prix exorbitants. Il prétendait aussi rendre les livres plus accessibles à ceux qui les appréciaient, présentant ses vols comme une forme de redistribution.
L’art du vol. Son histoire révèle la planification minutieuse et l’exécution rigoureuse de ses vols. Il étudiait ses cibles, identifiait les failles de leur sécurité et élaborait des stratagèmes complexes pour s’approprier les livres désirés, faisant preuve d’un dévouement et d’une ingéniosité qui frôlaient l’obsession.
Résumé des avis
L’homme qui aimait trop les livres suscite des avis partagés. Nombreux sont les lecteurs qui apprécient les éclairages sur la collection de livres rares ainsi que l’histoire vraie des vols perpétrés par John Gilkey. Toutefois, certains reprochent à l’auteure de s’immiscer trop souvent dans le récit et jugent le livre répétitif. L’analyse de la psychologie et des motivations de Gilkey captive certains lecteurs, tandis que d’autres estiment qu’elle manque de profondeur. Dans l’ensemble, l’ouvrage est salué pour son écriture captivante et son sujet fascinant, mais quelques lecteurs regrettent qu’il ne soit pas à la hauteur de son potentiel.
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