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Practising Existential Psychotherapy

Practising Existential Psychotherapy

The Relational World
par Ernesto Spinelli 2007 232 pages
4.26
88 évaluations
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Points clés

1. Les Fondements de la Thérapie Existentielle : Trois Principes Essentiels

La vérité purement objective est introuvable... La trace du serpent humain s’étend ainsi sur tout.

L’existence inter-relationnelle. La psychothérapie existentielle repose avant tout sur trois principes philosophiques qui remettent en cause la pensée occidentale traditionnelle. Le premier, la Relationnalité, affirme que toute compréhension de soi, des autres et du monde naît d’un fondement inter-relationnel irréductible. Autrement dit, il est impossible de saisir l’être humain isolément ; seule sa connexion aux autres donne sens, renversant ainsi la dichotomie classique sujet-objet.

L’incertitude comme donnée. Le second principe, l’Incertitude existentielle, souligne que puisque toute expérience est issue de relations, nos réflexions restent nécessairement incomplètes et ouvertes. L’incertitude n’est pas une anomalie passagère, mais une constante paradoxale de l’existence humaine, défiant toute idée d’une vérité harmonieuse et achevée. Ce principe révèle que l’incomplétude inhérente à la vie est une condition incontournable de l’être.

L’angoisse inévitable. Enfin, le troisième principe, l’Angoisse existentielle, décrit le malaise inévitable qui accompagne cette incertitude fondamentale. L’angoisse n’est pas une pathologie à éradiquer, mais une donnée essentielle de l’existence humaine. Elle peut être source de créativité et de vitalité, ou au contraire pousser à des tentatives rigides et « inauthentiques » de nier ou fuir l’incertitude, générant symptômes et souffrances.

2. La Vision du Monde : Notre Interprétation Structurée de l’Être

Le monde objectif est simplement là, il ne se produit pas. Ce n’est qu’au regard de ma conscience, qui remonte le long de mon corps, qu’une portion de ce monde s’anime en une image fugace dans l’espace, changeant continuellement dans le temps.

Structurer le « worlding ». Notre expérience de l’être est un processus continu et mouvant que l’on nomme « worlding ». Pour donner sens à cette réalité fluide, nous imposons inévitablement des limites structurelles, créant ce que l’on appelle la « vision du monde ». Cette dernière est une réflexion sélective et biaisée du worlding, agissant comme notre stratégie personnelle pour naviguer entre relationnalité, incertitude et angoisse.

Les constructions fondamentales. La vision du monde se compose de trois sous-structures principales :

  • Construction de soi : nos croyances, valeurs et attitudes à propos du « moi ».
  • Construction de l’autre : nos positions vis-à-vis d’autrui, qu’il soit spécifique ou général.
  • Construction du monde : nos représentations des dimensions physique, sociale, culturelle et spirituelle du « monde ».
    Ces constructions ne sont pas isolées, mais profondément interconnectées, façonnant notre perception et notre interaction avec l’existence.

La dissonance inhérente. Puisque la vision du monde est une structure tentant de saisir un processus, une dissonance fondamentale entre worlding et vision du monde est inévitable. Ce décalage est à l’origine de nombreux dilemmes et troubles humains. La thérapie existentielle vise à clarifier cette dissonance, aidant le client à comprendre comment sa vision du monde déforme ou reflète insuffisamment son expérience directe du worlding.

3. La Thérapie comme « Monde Thérapeutique » Co-Créé

Rien n’est plus dangereux qu’une vision du monde dogmatique – rien de plus contraignant, plus aveuglant à l’innovation, plus destructeur de l’ouverture à la nouveauté.

Un espace unique. La psychothérapie existentielle se déploie dans un « monde thérapeutique », un espace temporaire co-créé avec ses propres règles et limites. Ce cadre distinct permet au client d’explorer sa vision du monde dans un contexte inédit, en la comparant à ses expériences dans le « monde élargi ». Le rôle du thérapeute est d’établir et de maintenir ce cadre singulier.

Les « plumes magiques ». Les conditions spécifiques du monde thérapeutique — durée, fréquence, lieu des séances, honoraires — reposent souvent sur des « plumes magiques ». Ce sont des croyances ou rituels qui, bien que non indispensables en soi, sont investis de sens par les participants, leur permettant de croire en et de s’engager dans le processus thérapeutique. Le thérapeute doit clarifier et respecter ces conditions convenues pour instaurer la confiance.

La confiance par la constance. La véritable valeur du contrat thérapeutique ne réside pas dans ses clauses spécifiques, mais dans la constance avec laquelle le thérapeute les respecte. Cela témoigne de sa fiabilité, offrant une base relationnelle sécurisante, même temporaire. Cette constance contraste fortement avec la nature souvent imprévisible et instable des relations dans le monde extérieur, permettant au client de vivre une nouvelle forme de stabilité relationnelle.

4. Première Phase : Construire la Confiance par le « Non-Savoir » et l’Enquête Descriptive

Savoir ce que l’on ne sait pas est le meilleur savoir. Ignorer que l’on sait est une maladie.

L’attitude réceptive du thérapeute. La première phase vise à co-créer le monde thérapeutique et à établir une base de confiance. Le thérapeute adopte une posture de « non-savoir », une réceptivité profonde et une curiosité descriptive envers la vision du monde du client. Cela implique de suspendre ses propres biais, présupposés et attentes, traitant le récit du client comme neuf et unique.

La méthode phénoménologique. Ce « non-savoir » s’opérationnalise par la méthode phénoménologique, qui comprend :

  • Epoché (mise entre parenthèses) : mise de côté des biais et présupposés personnels.
  • Description : focalisation sur le « quoi » et le « comment » de l’expérience du client, plutôt que sur le « pourquoi ».
  • Horizontalisation : égalisation temporaire de la valeur de tous les éléments descriptifs.
    Cette méthode garantit que le thérapeute reste à l’écoute de l’expérience vécue du client sans imposer d’interprétations ou jugements externes.

Acceptation et curiosité. Le « non-savoir » du thérapeute s’exprime par :

  • Acceptation : respect du droit du client à être tel qu’il est, défiant le perfectionnisme chez le client comme chez le thérapeute.
  • Curiosité : posture inquisitrice et ludique explorant le monde du client sans chercher à le modifier.
    Cette approche crée un environnement non jugeant où le client se sent véritablement entendu et validé, souvent pour la première fois, ce qui peut profondément remettre en question sa vision du monde.

5. Deuxième Phase : Approfondir l’Exploration par la Mise au Défi de l’« Altérité » et de l’Immédiateté

L’analyste doit à un moment passer du rôle de consolateur, qui prend parti pour le patient contre le monde, à celui qui présente au patient la revendication du monde.

Affirmer l’« altérité ». En deuxième phase, le thérapeute passe d’une écoute centrée sur la vision du monde du client à l’affirmation de sa propre « altérité ». Ayant établi la confiance en phase un, il utilise désormais sa perspective distincte pour remettre en question les postures implicites du client. Cela implique un dialogue à partir du « soi » du thérapeute, tout en reconnaissant simultanément le « soi » de l’autre.

Explorer les significations implicites. L’écoute et la mise au défi en phase deux encouragent le client à explorer ce qui reste implicite ou non-dit dans son récit. Cela se traduit par :

  • Allers-retours entre particulier et général : passer d’expériences spécifiques à des schémas plus larges, et inversement.
  • Passages de l’explicite à l’implicite : révéler croyances et valeurs sous-jacentes non exprimées.
  • Le « soi-comme-autre » du thérapeute : utiliser sa propre expérience pour clarifier et questionner la vision du monde du client, toujours avec une approche invitante et prudente.

Les sphères inter-relationnelles. La phase deux met l’accent sur l’immédiateté de la rencontre thérapeutique à travers trois sphères inter-relationnelles :

  • Centrée sur le Je : « Ce que je me dis à propos d’être moi dans cette rencontre ».
  • Centrée sur le Tu : « Ce que je me dis à propos de mon expérience de toi, et de ton expérience de moi ».
  • Centrée sur le Nous : « Ce que je me dis à propos de notre relation ici et maintenant ».
    L’attention explicite portée à la sphère « Nous » aide le client à affronter directement ses schémas relationnels dans la sécurité du monde thérapeutique.

6. Rêves et Intimité : Voies d’Exploration de la Vision du Monde

Ils ne sont pas des énigmes à résoudre mais des ouvertures à accueillir.

Les rêves comme réalité vécue. La thérapie existentielle considère les rêves non comme des symboles déguisés à interpréter, mais comme une forme de réalité vécue — un « monde onirique » offrant un accès direct à l’expérience du rêveur. Les rêves utilisent le langage privé du rêveur pour exprimer ses préoccupations, constituant un pont unique entre le rêve et la vie éveillée.

Le travail descriptif sur les rêves. Travailler avec les rêves consiste à :

  • Raconter le rêve à la manière du client.
  • Contextualiser les éléments du rêve (espace, temps, objets, rôle du rêveur).
  • Reprendre le rêve au présent, souvent avec un effet miroir du thérapeute.
  • Explorer les éléments inter-relationnels du rêve et leurs postures dispositionnelles.
    Ce processus permet au client d’aborder des problématiques difficiles sous un angle partiellement dissocié, rendant plus accessibles les défis de la vision du monde en « vie éveillée ».

Intimité et dévoilement. L’attention intense portée à la relation immédiate en phase deux conduit souvent à une intimité profonde, incluant parfois une attraction générale ou même érotique. La thérapie existentielle reconnaît ces sentiments comme présents dans la relation, sans les nier ni les pathologiser. Les dévoilements du thérapeute (cachés ou ouverts) peuvent être des outils puissants, lorsqu’ils sont utilisés avec prudence et invitation, pour :

  • Clarifier la vision du monde du client.
  • Favoriser le discours centré sur le Nous.
  • Modéliser l’acceptation des émotions complexes.

7. Le « Focus-Ils » : Relier la Thérapie au Monde Extérieur

Dans la liberté consentie, nous découvrons qu’elle dépend entièrement de la liberté des autres, et que la liberté des autres dépend de la nôtre... Je ne peux prendre ma liberté comme but que si je prends aussi celle des autres comme but.

Au-delà de la dyade. La troisième phase introduit la sphère de rencontre « centrée sur Ils », qui reconnaît explicitement l’impact inévitable du monde élargi sur les choix et expériences du client. Cela remet en question la tendance psychothérapeutique courante à isoler l’expérience subjective du client, rappelant qu’aucun acte ou décision n’existe dans le vide.

Impact inter-relationnel. Le « focus-Ils » invite le client à considérer :

  • Comment ses décisions affectent les constructions de soi des autres significatifs.
  • Comment ses actions influencent les relations entre ces autres.
  • Comment ses choix modifient la relation des autres au monde élargi.
    Cette réflexion met en lumière les conséquences complexes et souvent imprévisibles des choix personnels dans une matrice indissoluble de relations, cultivant un sens de responsabilité inter-relationnelle.

Reconnaître la réalité. Le rôle du thérapeute n’est pas d’empêcher les décisions du client ni d’imposer une morale, mais de s’assurer que le client reconnaisse le contexte inter-relationnel plus large. Cela signifie accepter que d’autres puissent ne pas être d’accord ou ne pas bénéficier des choix du client, et que la liberté du client s’inscrit toujours dans ces réalités étendues. Cette perspective approfondit la compréhension du client de ses choix, de sa liberté et de sa responsabilité.

8. Les Fins : Accepter l’Incertitude et la Dissolution du Monde Thérapeutique

Si mes démons doivent me quitter, je crains que mes anges ne s’envolent aussi.

Des formes diverses de fin. La psychothérapie existentielle reconnaît que les fins, comme les commencements, sont multiples et pas nécessairement planifiées ou prévisibles. Il n’existe pas une seule « bonne » manière de terminer la thérapie ; qu’elle soit prévue, spontanée ou même brutale, c’est toujours une fin. L’attention se déplace du comment elle se termine à l’ouverture du client à quelle que soit la forme que prend cette fin.

Le « ralentissement » comme effet Dumbo. La pratique courante d’une période de « ralentissement » est souvent une « plume magique » pour thérapeute et client, offrant un sentiment de contrôle et de prévisibilité. Si elle est souhaitable, le véritable défi réside dans l’acceptation de l’incertitude inhérente à la dissolution du monde thérapeutique. Ce processus permet au client d’affronter l’angoisse de savoir que certaines possibilités libératrices vécues en thérapie ne se traduiront pas pleinement dans le monde élargi.

La vie après la thérapie. Le contact post-thérapeutique, comme l’établissement d’une nouvelle relation thérapeutique ou d’une amitié, est possible mais comporte ses propres complexités et enjeux éthiques. Une nouvelle thérapie exige un nouveau départ, tandis que l’amitié implique souvent de renoncer à la possibilité d’une future thérapie. L’objectif ultime est que le client embrasse les possibilités et regrets inhérents à toutes les formes choisies de relation, laissant le dialogue de la vie trouver sa propre manière de se conclure.

9. La Thérapie Existentielle : Une Science Humaine de « l’Être », Non du « Faire »

Toutes les formes de thérapie confient à leurs praticiens une responsabilité « impressionnante ». Cette responsabilité n’est pas seulement professionnelle, incluant des codes éthiques et la capacité d’appliquer des compétences apprises de manière appropriée et respectueuse. Elle repose aussi sur un ensemble de principes moraux que chaque thérapeute cherche à incarner – c’est-à-dire à travers sa manière même d’être avec (et pour) le client présent.

Critique du modèle « expert ». La psychothérapie existentielle remet fondamentalement en question le modèle dominant occidental, qui positionne souvent le thérapeute en expert appliquant des techniques à un client détaché. Cette approche traditionnelle, ancrée dans les sciences naturelles, privilégie le « faire » (compétences, interventions) au détriment du « être » du thérapeute (présence, qualités relationnelles). La thérapie existentielle soutient que cette « technologisation » déforme la relation thérapeutique et son potentiel.

Approche en sciences humaines. Au contraire, la thérapie existentielle s’inscrit dans une approche des sciences humaines, centrée sur la compréhension plutôt que la simple explication. Elle considère le client comme un être ouvert, refusant catégorisations et étiquettes réductrices. Le rôle principal du thérapeute est d’engager une investigation descriptive et collaborative de la vision du monde vécue par le client, reconnaissant l’influence mutuelle dans la rencontre thérapeutique.

Posture morale incarnée. Les « qualités d’être » du thérapeute — acceptation, curiosité, volonté d’affronter l’incertitude — constituent les outils essentiels de la thérapie existentielle. Ces qualités ne sont pas de simples techniques, mais une posture morale incarnée, témoignant d’une manière de se relier respectueuse, non jugeante et véritablement ouverte à l’existence unique du client. C’est cette authenticité du thérapeute qui distingue profondément l’approche existentielle.

10. Les Constructions Relationnelles : Étendre la Thérapie aux Couples et Groupes

Le groupe est le thérapeute du groupe.

Au-delà de l’individu. La psychothérapie existentielle étend ses principes aux couples et groupes, reconnaissant que les relations elles-mêmes forment des « constructions » distinctes avec leurs propres visions du monde. En thérapie de couple, l’attention ne porte pas seulement sur deux individus, mais sur la « construction du couple » — une entité unique co-construite par les partenaires. Cette construction possède ses propres sédimentations, dissociations et conflits apparents, souvent enracinés dans des postures dispositionnelles implicites.

Dynamiques en thérapie de couple. Les aspects clés de la thérapie existentielle de couple incluent :

  • Clarification de la construction du couple : expliciter les croyances et schémas partagés, souvent implicites, qui définissent la relation.
  • Le conflit comme expression : comprendre le conflit comme manifestation des limites ou tentatives de maintien de la construction du couple.
  • Focus multi-perspectif : le thérapeute prend en compte la vision du monde de chaque partenaire, la construction du couple et les interrelations entre eux.
  • Séances structurées : souvent une alternance de séances conjointes et individuelles pour explorer expériences partagées et privées de la construction du couple.

Le groupe comme thérapeute. En psychothérapie de groupe existentielle, le groupe lui-même est considéré comme l’agent thérapeutique principal. Le thérapeute en est un membre, facilitant la clarification des perturbations relationnelles et communicationnelles au sein du groupe. La construction du groupe, avec sa complexité inter-relationnelle inhérente, devient le centre de l’investigation. Cette approche offre un cadre structuré qui reflète les défis relationnels du monde élargi, permettant aux membres d’explorer leurs visions du monde dans un contexte dynamique et pluriel.

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Report Issue

Résumé des avis

4.26 sur 5
Moyenne de 88 évaluations de Goodreads et Amazon.

Pratiquer la psychothérapie existentielle recueille d’excellentes critiques de la part des lecteurs, avec une note moyenne de 4,24 sur 5. Ceux-ci apprécient particulièrement l’approche de Spinelli, qui décrit la vision du monde du client à travers les principes existentiels. L’ouvrage est salué pour ses conseils visant à élargir les champs descriptifs et les méthodes en thérapie. Les lecteurs le jugent utile pour la pratique de la psychothérapie existentielle, même si certaines parties peuvent s’avérer exigeantes. La capacité de Spinelli à expliquer des sujets complexes avec clarté et poésie est mise en avant. Le concept de « ne pas savoir » retient tout particulièrement l’attention, et nombreux sont ceux qui envisagent une relecture pour approfondir leur compréhension.

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À propos de l'auteur

Ernesto Spinelli est une figure incontournable dans le domaine de la psychothérapie existentielle. Auteur et praticien, il a profondément enrichi la compréhension et l’application des principes existentiels en contexte thérapeutique. Son travail s’attache à explorer la vision du monde du client à travers des notions clés telles que la relation, l’incertitude et l’angoisse existentielle. Sa démarche privilégie une description et une interprétation exemptes de jugement des expériences vécues par le client. Le style d’écriture de Spinelli se distingue par sa clarté et sa dimension poétique, rendant accessibles des idées philosophiques complexes tant aux praticiens qu’aux étudiants. Ses concepts novateurs, comme celui de « non-savoir », ont marqué la pratique de la psychothérapie existentielle et continuent d’en influencer le développement.

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