Démarrer l'essai gratuit
Searching...
SoBrief
Français
EnglishEnglish
EspañolSpanish
简体中文Chinese
繁體中文Chinese (Traditional)
FrançaisFrench
DeutschGerman
日本語Japanese
PortuguêsPortuguese
ItalianoItalian
한국어Korean
РусскийRussian
NederlandsDutch
العربيةArabic
PolskiPolish
हिन्दीHindi
Tiếng ViệtVietnamese
SvenskaSwedish
ΕλληνικάGreek
TürkçeTurkish
ไทยThai
ČeštinaCzech
RomânăRomanian
MagyarHungarian
УкраїнськаUkrainian
Bahasa IndonesiaIndonesian
DanskDanish
SuomiFinnish
БългарскиBulgarian
עבריתHebrew
NorskNorwegian
HrvatskiCroatian
CatalàCatalan
SlovenčinaSlovak
LietuviųLithuanian
SlovenščinaSlovenian
СрпскиSerbian
EestiEstonian
LatviešuLatvian
فارسیPersian
മലയാളംMalayalam
தமிழ்Tamil
اردوUrdu
Mad in America

Mad in America

Bad Science, Bad Medicine, and the Enduring Mistreatment of the Mentally Ill
par Robert Whitaker 2002 334 pages
4.18
2 000+ évaluations
Écouter
Essayez l'accès complet pendant 3 jours
Débloquez l'écoute et bien plus !
Continuer

Points clés

1. Le cycle persistant de la maltraitance en psychiatrie

« Nous sommes toujours fous des fous. Nous ne les comprenons toujours pas, et ce manque de compréhension nous rend méchants et arrogants, nous induit en erreur, et c’est ainsi que nous leur faisons du mal. »

Un schéma historique. L’histoire du traitement des malades mentaux est marquée par un cycle récurrent d’incompréhension, de dureté et d’auto-illusion. Du « Bedlam » du XVIIIe siècle aux pratiques modernes, un fil conducteur de maltraitance se dessine, souvent justifié par les croyances scientifiques ou sociales dominantes de l’époque. Ce schéma révèle un échec fondamental à comprendre ou à éprouver de l’empathie envers ceux qui souffrent de troubles mentaux.

Les premières pratiques. Au XVIIIe siècle, les aliénés étaient souvent enfermés dans des conditions déplorables, traités comme des « brutes » et soumis à des interventions « médicales » physiquement débilitantes et terrifiantes. Parmi celles-ci :

  • des saignées abondantes jusqu’à l’évanouissement,
  • des purges et vomitifs puissants provoquant des malaises violents,
  • des agents nauséeux comme le mercure,
  • des cautérisations douloureuses et irritations du cuir chevelu,
  • des « bains surprises » et des chaises à bascule destinés à susciter terreur et épuisement physique.
    Ces méthodes visaient à « dompter » les fous, reflétant une vision animale d’eux, qu’il fallait soumettre.

Justification et conséquences. Les médecins, désireux d’affirmer l’autorité de la médecine, rationalisaient souvent ces traitements cruels comme curatifs, même lorsqu’ils infligeaient d’immenses souffrances. Ce paradigme médical, motivé par un désir de contrôle et un manque de compréhension réelle, a établi un précédent pour des interventions futures privilégiant la gestion des symptômes plutôt que la guérison authentique. Le cycle de « leur faire du mal » se poursuivait, souvent sous couvert de progrès scientifique.

2. Le traitement moral : une brève ère de soins humains

« S’il y a un secret dans la gestion des aliénés, c’est celui-ci : respectez-les et ils se respecteront eux-mêmes ; traitez-les comme des êtres raisonnables, et ils feront tout leur possible pour vous prouver qu’ils le sont ; donnez-leur votre confiance, et ils l’apprécieront à juste titre, la détournant rarement. »

Un changement radical. Au début du XIXe siècle, un profond tournant s’opéra avec l’émergence du « traitement moral », porté par des figures telles que Philippe Pinel en France et les Quakers en Angleterre. Cette approche rejetait les méthodes brutales du passé, prônant la bienveillance, le respect et la foi en la capacité intrinsèque des malades mentaux à se rétablir. Il s’agissait d’une réforme humanitaire, ancrée dans des idéaux démocratiques et religieux, qui considérait les « fous » comme des individus en détresse plutôt que comme des créatures inférieures.

Principes fondamentaux. Le traitement moral insistait sur la création d’un environnement chaleureux et familial où les patients étaient traités avec dignité. Les éléments clés comprenaient :

  • des établissements petits et esthétiques en milieu rural,
  • des activités engageantes comme le jardinage, la lecture et les jeux,
  • un usage minimal des contraintes physiques,
  • des directeurs agissant en figures paternelles compatissantes,
  • l’encouragement à l’autocontrôle et à l’interaction sociale.
    Cette approche visait à restaurer la raison et l’autonomie des patients, en cultivant un sentiment de but et d’appartenance.

Résultats remarquables. Initialement, le traitement moral donna des résultats étonnamment positifs, avec de nombreux asiles rapportant des taux de guérison élevés (35 à 80 % des admissions). Les patients retrouvaient souvent leur famille et fonctionnaient bien dans la société. Cependant, à mesure que les asiles publics devenaient surpeuplés et sous-financés, en partie à cause de l’augmentation des admissions encouragée par Dorothea Dix, les principes du traitement moral s’érodèrent. Ce déclin, conjugué aux attaques des neurologues cherchant à médicaliser la maladie mentale, conduisit à son rejet comme une « notion naïve », ouvrant la voie à un retour à des interventions plus invasives et moins humaines.

3. L’eugénisme : déshumanisation et interventions forcées

« Pourquoi conservons-nous ces êtres inutiles et nuisibles ? Les anormaux empêchent le développement des normaux. Ce fait doit être affronté franchement. Pourquoi la société ne disposerait-elle pas des criminels et des aliénés de manière plus économique ? »

Une idéologie dangereuse. Au début du XXe siècle, l’attitude américaine envers les malades mentaux changea radicalement, alimentée par le mouvement eugéniste. Cette « science », défendue par des figures comme Charles Davenport et financée par des industriels, affirmait que la maladie mentale grave était un défaut héréditaire, un « mauvais plasmagène » menaçant la santé génétique de la nation. Cette idéologie déshumanisait les malades mentaux, les qualifiant de « déchets sociaux » et de fardeau pour la société « normale ».

Une attaque sociétale. L’eugénisme entraîna une offensive sociale généralisée contre les malades mentaux sévères, justifiée par des prétentions de nécessité scientifique et de charge économique. Cela comprenait :

  • l’interdiction du mariage pour les « aliénés » dans de nombreux États,
  • l’internement forcé dans des hôpitaux publics sous-financés, assimilés à des camps de détention,
  • la stérilisation obligatoire, la Californie étant en tête dans ces pratiques.
    La Cour suprême des États-Unis, dans l’affaire Buck c. Bell (1927), valida même la stérilisation forcée, le juge Oliver Wendell Holmes déclarant célèbrement : « Trois générations d’imbéciles suffisent. »

Le lien nazi. Les eugénistes américains, dont Davenport, encouragèrent activement les programmes de stérilisation nazis, qui stérilisèrent 375 000 citoyens. Cette influence américaine sur les politiques nazies annonça tragiquement l’Holocauste, où les malades mentaux furent parmi les premières victimes des chambres à gaz. La rhétorique déshumanisante des « mangeurs inutiles » et des « croissances biologiques malignes » prépara le terrain à l’extermination d’État, illustrant l’aboutissement horrifique d’une vision « scientifique » aussi perverse.

4. Les thérapies cérébrales destructrices : l’ère la plus sombre de la médecine asilaire

« Je pense qu’il est peut-être vrai que ces personnes ont pour le moment plus d’intelligence qu’elles ne peuvent en gérer et que la réduction de l’intelligence est un facteur important dans le processus curatif. Je dis cela sans cynisme. Le fait est que certaines des meilleures guérisons que l’on obtient se trouvent chez des individus que l’on réduit presque à l’amentie [simple d’esprit]. »

Une quête désespérée. Après le déclin du traitement moral et la montée de l’eugénisme, la psychiatrie du XXe siècle, en quête d’un triomphe thérapeutique, adopta un quatuor de « thérapies cérébrales destructrices ». Ces interventions, telles que le coma insulinique, la thérapie convulsive au métrazol, l’électrochoc et la lobotomie préfrontale, furent mises en œuvre avec vigueur malgré leur brutalité intrinsèque et leur base scientifique douteuse. La logique sous-jacente, souvent tacite, était que réduire la fonction cognitive ou « l’intelligence » du patient pouvait soulager sa souffrance ou le rendre plus docile.

Le traumatisme comme thérapie. Chaque traitement infligeait un traumatisme physique et neurologique sévère :

  • Coma insulinique : induisait à répétition des comas hypoglycémiques, privant les cellules cérébrales de sucre, provoquant une « dégénérescence et nécrose étendues des cellules nerveuses ». Les patients en sortaient souvent infantiles et désorientés.
  • Thérapie convulsive au métrazol : injections provoquant des crises violentes, entraînant fractures osseuses, déchirures musculaires et hémorragies cérébrales. Les patients subissaient terreur extrême et douleur physique.
  • Électrochoc : passage de courants électriques dans le cerveau, provoquant convulsions, perte de conscience immédiate et pertes de mémoire importantes. Les chocs répétés visaient à induire une « confusion thérapeutique » et à « éteindre » la personnalité.
  • Lobotomie préfrontale : section chirurgicale des connexions dans les lobes frontaux, siège de l’intelligence supérieure et de la personnalité. Cela entraînait apathie, absence d’initiative et émoussement émotionnel, créant une « enfance chirurgicalement induite ».

Des résultats déshumanisants. Ces traitements, souvent administrés sans consentement, étaient justifiés par la vision eugéniste dominante selon laquelle les malades mentaux étaient « désespérés » et n’avaient rien à perdre. Les « guérisons » consistaient souvent à réduire les patients à un état plus docile et moins conscient, facilitant leur gestion dans des asiles surpeuplés. Cette époque creusa un fossé profond entre médecins et patients, ces derniers se percevant comme torturés, tandis que les premiers rationalisaient les lésions cérébrales comme une intervention médicale légitime.

5. Les neuroleptiques : de la contention chimique au « miracle » antipsychotique

« Le médicament produisait un effet similaire à la lobotomie frontale. »

Une nouvelle ère de contrôle. L’introduction de la chlorpromazine (Thorazine) en 1954 marqua le début de l’ère psychopharmacologique moderne. Initialement, ce « neuroleptique » (signifiant « saisir le système nerveux ») fut ouvertement décrit par des pionniers comme Henri Laborit et Jean Delay comme induisant une « véritable lobotomie médicamenteuse » ou un « syndrome végétatif ». Les patients devenaient léthargiques, apathiques et émotionnellement détachés, présentant souvent des symptômes parkinsoniens. Cet effet était perçu comme souhaitable pour calmer les patients perturbateurs dans des hôpitaux publics surpeuplés.

Transformation de l’image. Poussée par la machine marketing florissante de l’industrie pharmaceutique et le désir gouvernemental de réduire le coût des hôpitaux publics, la chlorpromazine bénéficia d’un remarquable changement d’image. Elle fut requalifiée de contention chimique en « médicament sûr » et « antischizophrénique », comparable à « l’insuline pour le diabète ». Ce récit, largement promu dans les revues médicales et la presse populaire, promettait :

  • des « guérisons » de la maladie mentale,
  • des taux records de sortie d’hôpital,
  • la possibilité pour les médecins généralistes de traiter la maladie mentale en cabinet.
    Cette transformation fut cruciale pour justifier le passage des soins institutionnels aux soins communautaires, malgré les effets connus de ralentissement cérébral des médicaments.

L’illusion de la dopamine. L’« hypothèse dopaminergique » émergea, suggérant que la schizophrénie était causée par une hyperactivité des systèmes dopaminergiques, que les neuroleptiques « rééquilibraient ». Pourtant, les recherches scientifiques échouèrent systématiquement à démontrer des niveaux naturellement élevés de dopamine chez les schizophrènes. Au contraire, elles révélèrent que les neuroleptiques :

  • provoquaient une augmentation pathologique des récepteurs à la dopamine,
  • rendaient le cerveau « hypersensible » à la dopamine,
  • accroissaient la vulnérabilité biologique à la psychose.
    En somme, ces médicaments induisaient l’anomalie qu’ils prétendaient traiter, transformant un cerveau normal en un cerveau plus susceptible à la psychose, une vérité largement cachée au public.

6. La réalité du patient : souffrance et résistance au traitement médicamenteux

« Les médicaments que j’avais pris pendant tant de mois affectaient chaque partie de mon corps. Mes yeux perdaient constamment leur mise au point, surtout quand j’essayais de lire. Ma bouche était sèche, ma langue enflée, mes mots bégayaient. Parfois, j’oubliais ce que j’essayais de dire. Mon corps était gonflé. Je n’avais pas eu mes règles depuis des mois et ne pouvais aller à la selle qu’avec d’énormes doses de laxatifs. Je n’avais aucune énergie. Si errer dans un brouillard constant est censé être la tranquillité, alors j’étais tranquillement anesthésié. »

Un décalage profond. Tandis que la société et la psychiatrie célébraient les neuroleptiques comme des avancées, les patients vivaient souvent une réalité bien différente. Ils décrivaient ces médicaments comme des « poisons » les transformant en « zombies », provoquant une souffrance physique et émotionnelle intense. Cette expérience subjective, souvent rejetée par les médecins comme peu fiable en raison de leur « folie », révélait un profond décalage entre les bénéfices perçus et la réalité vécue du traitement.

Une pathologie induite par les médicaments. Les patients rapportaient une multitude d’effets secondaires invalidants, formant collectivement un « déficit induit de la transmission dopaminergique ». Parmi eux :

  • douleurs physiques et tics incontrôlables (akinésie),
  • troubles de la parole, vision floue et troubles cognitifs,
  • léthargie extrême et émoussement émotionnel (« état de zombie »),
  • constipation sévère, prise de poids et perturbations hormonales,
  • sentiment d’aliénation de soi et du monde.
    Ces effets n’étaient pas de simples « effets secondaires », mais des altérations fondamentales du fonctionnement cérébral, privant les individus de leur pleine conscience et autonomie.

Résistance et déshumanisation. La résistance des patients aux neuroleptiques était répandue, conduisant à des pratiques telles que le mélange secret des médicaments dans la nourriture ou l’utilisation d’injections à longue durée d’action pour assurer la « compliance ». Des batailles juridiques pour le « droit de refuser le médicament » émergèrent, les patients arguant que la médication forcée violait leurs droits civils. Pourtant, les tribunaux soutenaient souvent l’établissement médical, affirmant que le « contrôle mental » par neuroleptiques constituait un « traitement médicalement justifié ». Cela renforçait l’idée déshumanisante que ce qui était considéré comme une torture pour certains était une « thérapie » acceptable pour les « fous ».

7. Tromperie scientifique et influence financière dans la promotion des médicaments

« Une entreprise pharmaceutique s’efforce grandement de construire des études susceptibles de tourner en sa faveur. »

La corruption de la science. La promotion des neuroleptiques, puis des atypiques, fut profondément liée à la tromperie scientifique et à l’influence omniprésente de l’argent pharmaceutique. Dans les années 1990, l’industrie des essais cliniques devint une entreprise lucrative, où les laboratoires exerçaient un contrôle important sur la conception des études, l’analyse des données et la publication. Ce contexte favorisait des recherches biaisées, avec des médecins universitaires souvent consultants ou auteurs fantômes d’articles, brouillant la frontière entre science indépendante et marketing corporatif.

La dissimulation des dommages. L’establishment médical, y compris la FDA et l’American Psychiatric Association (APA), fermait souvent les yeux sur les preuves croissantes des méfaits des neuroleptiques. Par exemple, la dyskinésie tardive (DT), un trouble moteur irréversible et destructeur du cerveau, était connue depuis 1959, mais la FDA n’exigea des avertissements sur les étiquettes qu’en 1972. L’APA retarda l’information de ses membres pendant des décennies, n’agissant qu’après des procès très médiatisés. Ce déni délibéré, motivé par des intérêts financiers et le besoin de préserver l’image de la psychiatrie comme discipline médicale, causa des centaines de milliers d’Américains victimes de lésions cérébrales évitables.

Des récits fabriqués. Le récit de l’efficacité des médicaments reposait souvent sur des études biaisées ou manipulées. Des chercheurs comme Richard Borison, qui falsifiaient des données pour favoriser les laboratoires, illustrent ces compromis éthiques. Les décès de patients lors d’essais, notamment des suicides liés à l’arrêt brutal des médicaments, étaient fréquemment omis des publications. Cette distorsion systématique des résultats scientifiques, des bénéfices exagérés aux risques minimisés, créa une « fraude médicale » qui induisit le public en erreur et assura la rentabilité continue de ces médicaments problématiques.

8. Les résultats transculturels remettent en cause le modèle occidental centré sur les médicaments

« Les résultats d’une meilleure évolution des patients dans les pays en développement ont été confirmés. »

Un paradoxe mondial. Les études de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lancées en 1969, révélèrent un paradoxe profond et troublant : les patients schizophrènes des pays en développement (Inde, Nigeria, Colombie) obtenaient systématiquement de bien meilleurs résultats à long terme que ceux des pays développés (États-Unis, Europe, Japon). À 15-20 ans de suivi, plus de 50 % des patients des pays pauvres n’étaient plus jamais psychotiques et 73 % étaient employés, contre des résultats nettement plus mauvais dans les pays riches. Cela suggérait que vivre dans un pays développé était un « facteur prédictif fort » de chronicité pour les schizophrènes.

La variable médicamenteuse. Si les études OMS analysèrent divers facteurs culturels, elles négligèrent la différence la plus frappante : l’usage des médicaments. Dans les pays pauvres, seulement 16 % des patients étaient maintenus régulièrement sous neuroleptiques, contre 61 % dans les pays riches. Cette forte corrélation inverse entre usage continu des médicaments et bons résultats à long terme remettait en cause la croyance occidentale selon laquelle un traitement antipsychotique à vie était indispensable à la guérison. L’Union soviétique, avec le taux de maintien médicamenteux le plus élevé (88 %), affichait aussi parmi les pires résultats.

Une occasion manquée. Ces constats, ainsi que des études indépendantes menées par des chercheurs américains comme Courtenay Harding et Martin Harrow, indiquaient de façon constante que la guérison de la schizophrénie était plus probable sans médicaments qu’avec. Cela offrait une opportunité cruciale à la psychiatrie américaine de repenser son modèle centré sur les médicaments et d’adopter des approches psychosociales alternatives. Pourtant, ces preuves furent largement ignorées ou rejetées, car elles menaçaient le récit établi de l’efficacité des antipsychotiques et les intérêts financiers qui y étaient liés.

9. Les antipsychotiques atypiques : une « percée » fondée sur des biais

« L’invention fallacieuse des atypiques peut désormais être considérée comme une invention purement manipulée par l’industrie pharmaceutique à des fins marketing, et seulement maintenant dévoilée. »

Les nouveaux « médicaments miracles ». Dans les années 1990, de nouveaux antipsychotiques « atypiques » comme la rispéridone (Risperdal) et l’olanzapine (Zyprexa) furent lancés avec un immense battage médiatique, présentés comme des traitements « révolutionnaires » supérieurs en sécurité et efficacité aux anciens neuroleptiques. Ce récit fut soigneusement élaboré par les laboratoires, qui investissaient massivement dans le marketing et les essais cliniques pour positionner ces médicaments comme capables d’améliorer la cognition et les symptômes négatifs sans les effets moteurs débilitants.

Essais biaisés et revendications exagérées. Les revues de la FDA sur ces essais atypiques révélèrent cependant un schéma de conception biaisée et de revendications gonflées. Les laboratoires comparaient souvent plusieurs doses de leur nouveau médicament à une dose unique, élevée et problématique d’un ancien (par exemple 20 mg d’halopéridol), utilisaient des protocoles de « sevrage brutal » pour les groupes placebo, aggravant artificiellement leurs résultats, et incluaient des patients ayant déjà échoué aux anciens traitements, biaisant ainsi les comparaisons. Malgré ces défauts, des psychiatres universitaires, souvent liés financièrement aux laboratoires, publièrent des rapports élogieux dans des revues médicales, affirmant une supériorité que la FDA déconseillait explicitement dans la publicité.

Une réalité décevante. Des études indépendantes financées par le gouvernement, comme CATIE (NIMH) et d’autres, démentirent ces affirmations de « percée ». Ces essais montrèrent que les atypiques n’étaient pas plus efficaces que les anciens antipsychotiques moins chers, avec des taux d’arrêt similaires pour effets secondaires ou inefficacité. De plus, les atypiques apportaient leur lot de problèmes graves :

  • prise de poids importante et troubles métaboliques (diabète, risques cardiovasculaires),
  • risque accru de troubles obsessionnels compulsifs,
  • effets neurologiques persistants, parfois différents dans leur présentation.
    L’« avancée fallacieuse » des atypiques, motivée par le marketing et le profit, laissa finalement les patients avec de nouveaux risques et la société avec des coûts de santé exponentiels, sans tenir la promesse d’un traitement supérieur.

10. Recherche non éthique : expérimenter sur les plus vulnérables

« Tout ce qu’ils m’ont fait était pour les besoins de leur recherche. Comme le montre mon dossier médical, quand je suis entrée à l’hôpital, j’étais calme et coopérative. J’étais juste inquiète et vulnérable. Je suis sortie en pensant que j’étais folle, mes parents pensaient que j’étais folle, mes amis pensaient que j’étais folle. Ma famille et moi croyions que chaque sentiment et comportement psychotique était naturel chez moi, plutôt que causé par leur expérience. »

Des échos de Nuremberg. Malgré le Code de Nuremberg exigeant le consentement éclairé pour toute expérimentation humaine, des psychiatres américains menèrent pendant des décennies des expériences d’exacerbation des symptômes sur des patients mentalement malades vulnérables. Ces études, souvent financées par le NIMH et conduites dans des facultés de médecine prestigieuses, consistaient à administrer des substances comme le LSD, la mescaline, les amphétamines et la kétamine à des patients psychotiques actifs ou « limites », dans le but explicite d’aggraver leurs symptômes pour « modéliser la psychose » ou étudier la chimie cérébrale. Cette pratique rappelait les abus que le Code de Nuremberg cherchait à prévenir.

Tromperie et souffrance. Les chercheurs induisaient fréquemment les patients en erreur sur la nature réelle et les risques de ces expériences. Les formulaires de consentement omettaient souvent d’avertir que les symptômes seraient exacerbés, promettant plutôt un « diagnostic » ou une « sécurité ». Des patients, comme Shalmah Prince, venus chercher de l’aide pour leur détresse, furent soumis à des procédures intensifiant leur psychose, entraînant :

  • augmentation des délires et hallucinations,
  • agitation extrême et violence,
  • contraintes forcées et souffrances prolongées,
  • traumatismes psychologiques durables et sentiment accru de « folie ».
    La justification — que les patients étaient « altruistes » ou capables d’un « consentement éclairé » même en état psychotique — était contredite par les preuves de tromperie et de détresse profonde.

Un héritage d’abus. Cette ligne de recherche, qui dura cinquante ans, n’apporta aucun progrès clinique notable dans la compréhension ou le traitement de la schizophrénie. Elle ne conduisit ni à de meilleurs tests diagnostiques ni à de nouveaux médicaments. Au contraire, elle perpétua un schéma d’exploitation des plus vulnérables au nom de la curiosité scientifique, renforçant la déshumanisation des malades mentaux. L’arrêt de ces expériences financées par le NIMH à la fin des années 1990, largement dû à l’indignation publique, mit en lumière un chapitre honteux où la quête du savoir scientifique l’emporta sur la responsabilité éthique et le bien-être des patients.

11. L’appel persistant à l’humilité et à la franchise

« On sait peu de choses sur les causes de la schizophrénie. Les antipsychotiques ne corrigent aucune anomalie cérébrale connue, ni ne rétablissent l’équilibre chimique du cerveau. »

Un héritage troublé. L’histoire de la « médecine des fous » en Amérique révèle un schéma constant : une méconnaissance de la maladie mentale conduisant à l’adoption de traitements durs, souvent délétères. De l’ère du « Bedlam » aux « thérapies cérébrales destructrices » et à l’ère des « antipsychotiques », les interventions ont fréquemment privilégié le contrôle et la gestion des symptômes au détriment d’une guérison authentique, avec des conséquences à long terme souvent dévastatrices pour les patients. Cette histoire trouble souligne un profond échec d’humilité et de franchise au sein de l’establishment psychiatrique.

Le besoin d’honnêteté. Une réforme fondamentale exige de reconnaître les limites des connaissances et des traitements actuels. Le récit dominant selon lequel la schizophrénie est un trouble biologique distinct causé par un « déséquilibre chimique » et « corrigé » par les médicaments est une « fraude médicale ». La franchise devrait admettre que :

  • les causes de la schizophrénie restent largement inconnues,
  • les antipsychotiques modifient le fonctionnement cérébral, induisant souvent de nouvelles pathologies,
  • les résultats à long terme sont souvent pires avec un traitement continu,
  • les prétendues « percées » des nouveaux médicaments ont été largement démenties.
    Cette honnêteté, bien que déstabilisante, est une étape nécessaire vers des soins éthiques et efficaces.

Une voie à suivre. La véritable réforme passerait par la redécouverte des principes du traitement moral et l’apprentissage de modèles de soins moins centrés sur les médicaments, comme la thérapie « dialogue ouvert » finlandaise, qui a obtenu des taux élevés de guérison et réduit l’incidence de la schizophrénie. Cette approche met l’accent sur le soutien social, l’empathie et l’usage sélectif et prudent des médicaments, si nécessaire. Sans un passage de l’arrogance à l’humilité, et une volonté de privilégier le bien-être des patients plutôt que les profits pharmaceutiques et le prestige professionnel, le cycle de maltraitance et d’auto-illusion en psychiatrie américaine est condamné à se perpétuer.

Dernière mise à jour:

Report Issue

Résumé des avis

4.18 sur 5
Moyenne de 2 000+ évaluations de Goodreads et Amazon.

Mad in America explore l’histoire troublante des traitements psychiatriques aux États-Unis, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. Robert Whitaker y livre un récit minutieusement documenté des pratiques brutales telles que la saignée, la lobotomie, l’électrochoc et la médication forcée. Ce livre révèle comment les compagnies pharmaceutiques et les psychiatres ont souvent privilégié le profit au détriment du bien-être des patients. Nombreux sont ceux qui soulignent que les traitements médicamenteux actuels peuvent parfois causer plus de tort que de bien. Les lecteurs ont trouvé cet ouvrage à la fois choquant, révélateur et indispensable pour comprendre les défaillances des soins en santé mentale, même si certains l’ont jugé trop critique envers la psychiatrie moderne.

Your rating:
4.57
65 évaluations
Want to read the full book?

À propos de l'auteur

Robert Whitaker est un journaliste américain et un écrivain spécialisé dans la médecine et les sciences. Il est l’auteur de quatre ouvrages, parmi lesquels Mad in America, The Mapmaker's Wife, On the Laps of Gods, et Anatomy of an Epidemic. Son journalisme d’investigation, centré sur les malades mentaux et l’industrie pharmaceutique, lui a valu de nombreux prix prestigieux, notamment le George Polk Award pour l’écriture médicale et le prix de la National Association of Science Writers. Une série d’articles qu’il a coécrite pour le Boston Globe, portant sur les abus subis par des patients psychiatriques dans des contextes de recherche, a été finaliste du prix Pulitzer en 1998, faisant de lui une voix incontournable sur les traitements psychiatriques et les pratiques de l’industrie pharmaceutique.

Follow
Écouter
Now playing
Mad in America
0:00
-0:00
Now playing
Mad in America
0:00
-0:00
1x
Queue
Home
Swipe
Library
Get App
Try Full Access for 3 Days
Listen, bookmark, and more
Compare Features Free Pro
📖 Read Summaries
Read unlimited summaries. Free users get 3 per month
🎧 Listen to Summaries
Listen to unlimited summaries in 40 languages
❤️ Unlimited Bookmarks
Free users are limited to 4
📜 Unlimited History
Free users are limited to 4
📥 Unlimited Downloads
Free users are limited to 1
Risk-Free Timeline
Aujourd'hui : Accès immédiat
Écoutez les résumés complets de plus de 26 000 livres. Soit plus de 12 000 heures d'audio !
Jour 2 : Rappel d'essai
Nous vous enverrons une notification pour vous informer que votre essai se termine bientôt.
Jour 3 : Votre abonnement commence
Vous serez débité le Jun 12,
annulez à tout moment avant.
Consume 2.8× More Books
2.8× more books Listening Reading
Our users love us
600,000+ readers
Trustpilot Rating
TrustPilot
4.6 Excellent
This site is a total game-changer. I've been flying through book summaries like never before. Highly, highly recommend.
— Dave G
Worth my money and time, and really well made. I've never seen this quality of summaries on other websites. Very helpful!
— Em
Highly recommended!! Fantastic service. Perfect for those that want a little more than a teaser but not all the intricate details of a full audio book.
— Greg M
Save 62%
Yearly
$119.88 $44.99/year/yr
$3.75/mo
Monthly
$9.99/mo
Start a 3-Day Free Trial
3 days free, then $44.99/year. Cancel anytime.
Unlock a world of fiction & nonfiction books
26,000+ books for the price of 2 books
Read any book in 10 minutes
Discover new books like Tinder
Request any book if it's not summarized
Read more books than anyone you know
#1 app for book lovers
Lifelike & immersive summaries
30-day money-back guarantee
Download summaries in EPUBs or PDFs
Cancel anytime in a few clicks
Scanner
Find a barcode to scan

We have a special gift for you
Open
38% OFF
DISCOUNT FOR YOU
$79.99
$49.99/year
only $4.16 per month
Continue
2 taps to start, super easy to cancel
Settings
General
Widget
Loading...
We have a special gift for you
Open
38% OFF
DISCOUNT FOR YOU
$79.99
$49.99/year
only $4.16 per month
Continue
2 taps to start, super easy to cancel