Points clés
1. Investir, c’est une prédiction mesurée de l’avenir
Dans le monde de l’investissement, réaliser un profit — plus ou moins important selon le type d’investissement — constitue l’essence même de l’acte d’investir.
Une action prédictive. Fondamentalement, investir revient à anticiper l’avenir et à agir en fonction de cette prévision. Contrairement à bien des événements de la vie où le succès est subjectif, les résultats d’un investissement se mesurent précisément en termes de gains ou de pertes. Cette capacité intrinsèque à être quantifié pousse les investisseurs à affiner sans cesse leurs modèles prédictifs et leurs processus décisionnels.
Performance future. La prédiction d’un investisseur repose sur la performance probable d’un actif, en tenant compte de facteurs tels que :
- la croissance de l’entreprise (nouveaux clients, produits innovants)
- les conditions économiques (solidité, taux d’intérêt)
- le paysage concurrentiel
- les évolutions réglementaires et l’impact climatique
Ces éléments déterminent collectivement l’attrait d’un actif et son potentiel de rentabilité.
Évaluation des risques. Investir implique surtout d’évaluer les risques susceptibles de remettre en cause la conviction d’un résultat positif. Si la vie comporte des risques difficilement quantifiables, le monde de l’investissement exige une mesure précise des conséquences. Cette évaluation rigoureuse des scénarios défavorables est essentielle pour prendre des décisions éclairées et rentables.
2. Les grands investisseurs partagent des traits et principes fondamentaux
Les meilleurs investisseurs possèdent un ensemble de compétences et d’attributs communs, que je vais détailler.
Attributs partagés. Bien que leurs spécialités soient diverses, les investisseurs de premier plan affichent des caractéristiques communes qui expliquent leur succès. Parmi elles, une intelligence élevée souvent attestée par des résultats académiques remarquables, ainsi qu’une éthique de travail infatigable nourrie par une passion pour le « jeu » de l’investissement. Ils considèrent leur travail comme un plaisir, ce qui leur permet de fournir un effort soutenu.
Caractéristiques clés :
- Intelligence et excellence académique : Nombre d’entre eux ont brillé dans leurs études, témoignant d’une aisance avec les chiffres et la pensée analytique.
- Travail acharné et passion : Souvent des bourreaux de travail, ils sont animés par une obsession pour leur métier, bien au-delà de la simple recherche d’argent.
- Concentration et souci du détail : La capacité à se focaliser sur les facteurs essentiels et à assimiler une grande quantité d’informations est primordiale.
- Curiosité intellectuelle et lecture : Lecteurs voraces, ils cherchent constamment à enrichir leurs connaissances, même de manière indirecte par rapport à leurs investissements.
- Responsabilité ultime : Ils préfèrent assumer seuls les décisions finales et acceptent pleinement les conséquences.
Évolution continue. Ces traits ne sont pas figés ; les grands investisseurs évoluent sans cesse, tirant des enseignements de leurs succès comme de leurs échecs. Leur parcours est marqué par un engagement envers l’amélioration personnelle et la conscience que la maîtrise est un processus permanent, non une destination.
3. Adoptez une pensée contrariante et un jugement indépendant
Mais les grands investisseurs ne se contentent pas de suivre la sagesse conventionnelle ; ils voient ce que les autres ne voient pas ; et ils sont prêts à prendre le risque d’avoir tort en allant à contre-courant.
Défier la foule. Une marque des investisseurs d’exception est leur capacité à remettre en question et à rejeter la pensée dominante. Ils ont le courage de saisir des opportunités que d’autres négligent ou jugent trop risquées, sachant que la véritable valeur se trouve souvent là où le consensus se trompe. Cette indépendance d’esprit est cruciale pour détecter les actifs mal évalués.
Détecter les inefficiences. Comme John Rogers Jr. l’a appris de Burton Malkiel, les marchés peuvent être emportés par « la folie des foules », générant des inefficiences. Des investisseurs comme Seth Klarman recherchent activement ces erreurs de prix, achetant lorsque les autres ont peur et vendant lorsque la cupidité domine. Cette posture contrariante leur permet de tirer parti des déséquilibres du marché.
Risque calculé. Aller à contre-courant n’est pas de l’imprudence, mais un risque mesuré fondé sur une recherche approfondie et une conviction solide. Marc Andreessen a souligné que certaines des meilleures opportunités de l’histoire ont d’abord été rejetées par beaucoup. Cette capacité à faire confiance à sa propre analyse, même lorsqu’elle diverge de l’opinion populaire, est un facteur déterminant pour obtenir des rendements exceptionnels.
4. La gestion des risques et la protection contre les pertes sont primordiales
Savoir ce que vous mettez en jeu est, en fin de compte, la chose la plus importante que vous puissiez faire.
Priorité au risque à la baisse. Les investisseurs avisés privilégient la compréhension et la limitation des pertes potentielles avant de courir après les gains. Comme l’a souligné Sam Zell, il s’agit d’être « dans l’erreur de manière contrôlée », visant un taux de réussite élevé tout en s’assurant que les pertes restent limitées et acceptables. Cette attention à la protection contre le risque est un principe fondamental.
Marge de sécurité. Le concept de « marge de sécurité » de Seth Klarman est au cœur de cette approche : acheter des actifs à un prix nettement inférieur à leur valeur intrinsèque. Ce coussin protège contre les événements imprévus ou la malchance, garantissant que même en cas de problème, l’investisseur peut récupérer son capital ou réaliser un bénéfice.
Apprendre de la douleur. Le principe de Ray Dalio, « douleur plus réflexion égale progrès », illustre le pouvoir transformateur des erreurs. Sa propre expérience, ayant tout perdu en 1982, lui a enseigné l’importance cruciale de la diversification et du test rigoureux de ses hypothèses. Cette résilience et cette capacité à tirer des leçons des revers sont vitales pour la survie et le succès à long terme.
5. La diversification et des attentes réalistes sont indispensables
Diversifiez vos investissements. Ce principe est l’un des fondements de l’investissement : ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier.
Répartir les risques. La diversification est une règle d’or, garantissant qu’aucun investissement unique ne puisse ruiner un portefeuille. Cela implique d’investir dans différentes classes d’actifs, secteurs et zones géographiques, en veillant à ce que ces placements ne soient pas totalement corrélés, c’est-à-dire qu’ils ne réagissent pas tous de la même manière en même temps. Mary Erdoes insiste sur le fait que la diversification est la clé pour conserver et faire fructifier son capital.
Rendements réalistes. Il est tout aussi crucial de fixer des objectifs de rendement atteignables. Des attentes irréalistes conduisent souvent à des prises de risque excessives et à la déception. Pour les investisseurs non professionnels, obtenir régulièrement des rendements annuels supérieurs à des chiffres moyens élevés est extrêmement difficile. Comme le souligne Mary Erdoes, alors qu’un portefeuille équilibré peut générer en moyenne 6,5 % par an, beaucoup d’individus réalisent moins de 3 % à cause de décisions émotionnelles.
Éviter les pièges. Diversification et réalisme protègent contre les erreurs fréquentes des investisseurs :
- Surconcentration : placer trop de capital dans un actif spéculatif unique.
- Chasse aux modes : investir dans des « coups rapides » ou des tendances sans compréhension approfondie.
- Trading émotionnel : acheter cher et vendre à bas prix sous l’effet de la peur ou de la cupidité.
Ces principes favorisent une approche disciplinée et durable de la constitution de patrimoine.
6. La patience et la vision à long terme génèrent des rendements supérieurs
Si vous possédez un bon actif, conservez-le longtemps.
Engagement durable. Les grands investisseurs font preuve d’une patience remarquable, conservant des placements de qualité sur de longues périodes, souvent plusieurs décennies. Ron Baron, par exemple, privilégie la détention à long terme, évitant les transactions fréquentes pour minimiser la fiscalité et profiter de la croissance composée. Cette constance permet aux investissements de mûrir et d’atteindre leur plein potentiel.
Au-delà du bruit à court terme. Une perspective à long terme permet de ne pas se laisser distraire par les fluctuations quotidiennes du marché ou les gros titres économiques. John Rogers Jr. insiste sur la capacité à « regarder au-delà de l’horizon pour imaginer l’avenir dans trois, cinq ans », comprenant que les baisses temporaires peuvent offrir d’excellentes opportunités d’achat pour un capital patient.
La puissance de la capitalisation. La véritable force de l’investissement à long terme réside dans la capitalisation. Comme l’explique Mary Erdoes, un rendement annuel constant de 6,5 % sur 20 ans génère une somme très importante. Cette approche patiente, combinée à un focus sur des entreprises solides, permet une croissance exponentielle du patrimoine, bien plus avantageuse que la recherche de gains à court terme.
7. La spécialisation et la connaissance approfondie du domaine sont des atouts majeurs
L’essentiel est de se concentrer sur un domaine que vous connaissez mieux que les autres.
Expertise de niche. De nombreux investisseurs très performants tirent leur avantage en se spécialisant dans un secteur ou une classe d’actifs particulière, développant une connaissance approfondie que d’autres n’ont pas. La société d’Orlando Bravo, Thoma Bravo, est devenue un leader mondial en se concentrant exclusivement sur les logiciels d’entreprise, maîtrisant leurs spécificités économiques et leviers de valeur.
Avantage compétitif. Cette spécialisation poussée permet de :
- Identifier des opportunités négligées.
- Mener des due diligences plus efficaces.
- Apporter une valeur ajoutée spécifique et opérationnelle aux sociétés du portefeuille.
- Négocier avec plus d’efficacité grâce à une compréhension supérieure.
Le succès de John Paulson dans la vente à découvert des prêts hypothécaires subprimes reposait sur sa connaissance pointue des titres de crédit et de leurs structures complexes.
Au-delà des généralistes. Si une connaissance large du marché est utile, la surperformance vient souvent d’un focus étroit et approfondi. John Rogers Jr. conseille aux investisseurs individuels de « rester dans leur cercle de compétence », en investissant dans des secteurs qu’ils connaissent parfaitement. Cette expertise spécialisée leur permet de « voir ce que les autres ne voient pas ».
8. L’adaptabilité et l’apprentissage continu sont essentiels
Dès que vous cessez de grandir et d’apprendre, quelqu’un vous dépasse.
Un paysage en évolution. Le monde de l’investissement est en perpétuel changement, porté par les avancées technologiques, les mutations économiques et les événements géopolitiques. Larry Fink insiste sur le fait que les investisseurs performants doivent être « des étudiants à vie », se rééduquant constamment pour rester pertinents et à jour. Cet engagement envers l’apprentissage permanent est incontournable.
Tirer les leçons des erreurs. L’adaptabilité signifie aussi reconnaître et corriger rapidement ses erreurs. Paula Volent souligne que dès qu’une erreur est identifiée ou qu’une conviction s’effrite, « il faut agir ». Le parcours de Jim Simons, passant des mathématiques au trading quantitatif, illustre une capacité profonde à pivoter et à adopter de nouvelles méthodes lorsque les anciennes ne fonctionnent plus.
Savoir embrasser le changement. La capacité à accueillir et exploiter le changement caractérise les investisseurs à la pointe. La société d’investissement de Marc Andreessen, Andreessen Horowitz, prospère en identifiant et en finançant des « transformations technologiques majeures » comme la blockchain ou la biotechnologie. Cette vision prospective, alliée à la volonté de remettre en cause les certitudes, est vitale pour naviguer dans des marchés dynamiques.
9. Le travail d’équipe, la culture et le mentorat sont fondamentaux
Ma réussite tient surtout au fait de m’être entouré de personnes exceptionnelles.
Intelligence collective. L’investissement, surtout à grande échelle, est un sport d’équipe. Jim Simons attribue son succès au fait de « s’être entouré de personnes brillantes », créant un environnement où la diversité des points de vue et la puissance intellectuelle nourrissent la prise de décision. Cette approche collaborative tire parti des forces collectives et limite les biais individuels.
Culture forte. Une culture organisationnelle solide est cruciale pour la réussite durable. Larry Fink consacre beaucoup de temps à la culture de BlackRock, mettant en avant une plateforme technologique unique et une croyance partagée dans les marchés financiers mondiaux. Ce cadre cohérent favorise la confiance, l’efficacité et une vision commune parmi les collaborateurs.
Mentorat et développement. Le mentorat joue un rôle clé dans la formation des talents et la continuité. La carrière de Paula Volent a été profondément marquée par l’accompagnement de David Swensen, qui lui a transmis l’amour d’un investissement porteur de mission et la rigueur de la pensée critique. Sandra Horbach souligne la satisfaction d’« aider à former de jeunes investisseurs » et de promouvoir la diversité dans le secteur, qu’elle considère comme un « métier d’apprentissage ».
10. L’ESG et l’impact social sont de plus en plus intégrés à l’investissement
Aujourd’hui, dans de nombreux pays, ne pas prendre en compte l’ESG revient à ne pas remplir son devoir fiduciaire.
Au-delà du profit. Le paysage de l’investissement intègre de plus en plus les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG), dépassant la seule recherche de rendement financier. David Blood, cofondateur de Generation Investment Management, affirme que considérer l’ESG est désormais un devoir fiduciaire, témoignant d’une reconnaissance croissante de la pertinence économique de la durabilité.
Création de valeur. L’idée reçue selon laquelle l’ESG nuit aux performances est battue en brèche. Les investisseurs croient de plus en plus que les entreprises bien notées sur ces critères surperformeront, grâce à :
- La préférence des clients : les consommateurs sont plus sensibles aux pratiques éthiques et durables.
- L’attraction des talents : les employés recherchent des organisations porteuses de sens.
- L’intérêt des investisseurs : davantage de capitaux se dirigent vers des placements responsables.
Ce changement fait de l’ESG un levier d’analyse différenciée et d’amélioration des rendements ajustés au risque, toutes classes d’actifs confondues.
Alignement avec la mission. Pour des institutions comme les fonds de dotation universitaires ou les fondations, aligner les investissements avec leur mission est primordial. Kim Lew insiste sur le fait que la branche investissement d’un fonds doit être « en phase avec les valeurs de l’institution », notamment sur des enjeux comme le changement climatique ou la diversité. Cela garantit que les objectifs financiers soutiennent des finalités sociétales plus larges.
11. Les nouvelles classes d’actifs offrent des opportunités uniques (et des risques)
Nous assistons à une convergence entre le métavers, construit dans le monde numérique, et le monde réel, qui s’accélère à mesure que les blockchains prennent de l’importance.
Exploration de frontières. Le monde de l’investissement crée sans cesse des catégories « de pointe », des cryptomonnaies aux SPAC en passant par les infrastructures privées. Ces domaines attirent des capitaux en quête de profits exceptionnels, en étant aux avant-postes de révolutions technologiques ou structurelles. Mike Novogratz, investisseur précoce en crypto, parle d’un « mouvement générationnel » porté par une jeunesse cherchant des alternatives à la finance traditionnelle.
Motivations diverses. Ces nouvelles classes d’actifs séduisent pour différentes raisons :
- Cryptomonnaies : elles offrent décentralisation, rareté (comme le Bitcoin) et utilité dans de nouvelles économies numériques (Ethereum, NFT), attirant ceux qui se méfient des monnaies étatiques ou recherchent l’innovation technologique.
- SPAC : elles permettent aux entreprises privées d’entrer en bourse plus rapidement et à moindre coût, offrant accès au capital et à la visibilité publique. Betsy Cohen souligne leur rôle pour répondre aux besoins de financement des sociétés en forte croissance.
- Infrastructures : elles attirent les investisseurs avec des actifs de longue durée, des flux de trésorerie prévisibles et une protection contre l’inflation, alors que les gouvernements privatisent ou cherchent des capitaux privés pour des services essentiels. La société de Adebayo Ogunlesi, GIP, illustre comment l’efficacité opérationnelle peut générer des rendements significatifs dans ce secteur.
Risques calculés. Bien que porteuses d’un potentiel immense, ces innovations comportent des risques spécifiques, tels que la forte volatilité (crypto), la saturation du marché (SPAC) ou des obstacles réglementaires et politiques complexes (infrastructures). Les investisseurs qui réussissent dans ces domaines allient expertise approfondie et volonté de prendre des risques mesurés, conscients que l’avenir se construit souvent en terrain inconnu.
Résumé des avis
Comment investir propose une série d’entretiens avec des investisseurs à succès issus de différentes classes d’actifs, offrant ainsi un aperçu de leurs stratégies et de leur état d’esprit. Si certains lecteurs ont trouvé ce livre éclairant et inspirant, d’autres lui reprochent un manque de conseils pratiques destinés à l’investisseur moyen. Le format, basé sur des interviews retranscrites, a suscité des réactions mitigées : certains apprécient la diversité des points de vue, tandis que d’autres jugent les questions trop superficielles. Dans l’ensemble, cet ouvrage offre une vue d’ensemble du monde de l’investissement, mais il pourrait ne pas convenir à ceux qui recherchent des recommandations précises.