Points clés
1. Enlèvement brutal : l’instinct de survie s’éveille
Il n’y a plus de Eli ordinaire. Dorénavant, je suis Eli le survivant.
Réveil brutal. La vie d’Eli Sharabi au kibboutz Be’eri a été brisée le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes du Hamas ont fait irruption chez lui pendant la fête de Sim’hat Torah. Réveillée par les alertes aux missiles, sa famille s’est réfugiée dans leur abri sécurisé, conçu pour résister aux roquettes, non aux intrus. L’entrée violente des terroristes, les détonations assourdissantes et la vision de ses filles figées de terreur ont instantanément bouleversé la perception qu’Eli avait de la réalité et de son rôle en son sein.
Enlèvement immédiat. Eli, son épouse Lianne et leurs filles Noiya et Yahel ont été arrachés à leur domicile. Malgré les cris désespérés de Lianne évoquant leurs passeports britanniques, Eli a été séparé de sa famille, pieds nus et les yeux bandés, puis emmené de force vers la bande de Gaza. Cette transition brutale vers la captivité, marquée par des coups et la vue de son kibboutz en flammes, a cristallisé sa mission unique : survivre et rentrer chez lui.
Premiers instants à Gaza. À leur arrivée à Gaza, Eli et un travailleur thaïlandais, Khun, ont affronté une foule en délire avant d’être introduits clandestinement dans une mosquée. Là, ils ont subi interrogatoires, humiliations et contraintes sévères. La maîtrise de l’arabe par Eli a suscité la méfiance de ses ravisseurs, mais lui a aussi permis de comprendre leurs échanges enthousiastes à propos de leur succès inattendu. Cette phase initiale a posé la terrifiante nouvelle réalité et l’impérieuse nécessité d’endurance mentale et physique.
2. Relations complexes avec les ravisseurs
Aussi cliché que cela puisse paraître, ce sont toujours des êtres humains. Et nous voilà, êtres humains face à d’autres êtres humains.
Observation de l’ennemi. Eli a rapidement appris à étudier ses ravisseurs, qu’il a surnommés « le Masque », « le Nettoyeur », « le Triangle » et « le Cercle », entre autres. Il a observé leurs routines, leurs peurs, et leurs rares moments d’humanité, comme leur inquiétude pour ses blessures ou leurs discussions familiales. Cette observation attentive n’était pas née de sympathie, mais d’une stratégie de survie calculée visant à comprendre leurs humeurs et anticiper leurs actions.
Interactions nuancées. Malgré leur rôle de terroristes, certains ravisseurs révélaient des traits inattendus. Eli a engagé des conversations avec eux, découvrant leurs vies, leurs difficultés économiques et leur vision rigide du monde. Il a appris :
- La dévotion religieuse du Nettoyeur et sa blessure passée.
- Le sourire timide du Masque et son goût pour les boissons sucrées.
- Le passé professionnel du père à Tel Aviv et son excellent anglais.
- Leur admiration commune pour « Titanic » et leur ignorance de la société israélienne.
Ces échanges, bien que troublants, ont permis à Eli d’évaluer leurs intentions et parfois d’obtenir de petites faveurs.
Engagement stratégique. Eli a navigué prudemment dans ces relations, acquiesçant à leur propagande quand nécessaire et évitant les discussions politiques. Il comprenait que bâtir une apparence de confiance, même superficielle, pouvait améliorer ses conditions et son accès à l’information. Il savait que leur « humanité » était conditionnelle, toujours subordonnée à leur mission, et qu’ils n’hésiteraient pas à le tuer sur ordre.
3. Résilience psychologique face au désespoir
Je refuse de me laisser sombrer dans le désir. Je refuse de me noyer dans la douleur. Je suis en train de survivre.
Volonté inébranlable. Dès son enlèvement, Eli a adopté un état d’esprit de « survivant », focalisé uniquement sur le retour à la maison. Il a consciemment combattu le désespoir, comprenant que l’effondrement émotionnel réduirait ses chances. Son mantra intérieur était de survivre, quel qu’en soit le prix physique ou psychologique.
Mécanismes d’adaptation. Eli a mis en œuvre plusieurs stratégies pour préserver sa force mentale :
- Détachement logique : accepter la situation et se concentrer sur ce qui est contrôlable.
- Visualisation du futur : imaginer son retour et la reconstruction de sa vie.
- Focalisation sur un but : croire que sa famille avait besoin qu’il survive.
- Régulation émotionnelle : accorder un temps limité au deuil, puis se recentrer sur la survie.
Il se percevait comme étant « en mission », un cadre qui donnait sens et structure au chaos.
Force intérieure. L’expérience d’Eli en gestion et en tant que père lui a fourni des outils pour naviguer dans des dynamiques humaines complexes et prioriser le bien collectif. Il a reconnu son rôle d’adulte responsable parmi des otages plus jeunes, assumant le poids du leadership et du soutien émotionnel, même lorsque sa propre douleur était immense. Ce regard tourné vers l’extérieur a paradoxalement renforcé sa détermination intérieure.
4. Camaraderie et conflits parmi les otages
Ce n’est pas nous qu’il faut plaindre. Ceux qui nous attendent dehors, ce sont les malheureux.
Liens dans le traumatisme partagé. Eli a trouvé réconfort et force auprès des autres otages, notamment Almog Sarusi, Ori Danino, Hersh Goldberg-Polin, Or Levy et Elia Toledano. Le partage de leurs récits terrifiants du festival Nova et du kibboutz Be’eri a créé un lien immédiat et profond. Ils ont raconté l’héroïsme d’Aner Shapira, qui sauvait des vies en renvoyant des grenades, et les enlèvements brutaux, forgeant une compréhension collective de leur épreuve commune.
Soutien mutuel et espoir. Eli a endossé un rôle paternel, surtout auprès des plus jeunes comme Alon, les encourageant à trouver leur « pourquoi » pour survivre. Il a tenté d’insuffler de l’espoir, même lorsque les nouvelles étaient sombres, et les a aidés à gérer leur traumatisme. Il les exhortait à croire que leurs proches étaient vivants et se battaient pour leur libération, soulignant que leurs familles étaient les véritables « malheureux », accablés par l’incertitude.
Frictions inévitables. Malgré leur sort commun, les conditions extrêmes — faim, saleté, promiscuité étouffante — ont inévitablement provoqué des conflits. Des disputes éclataient autour des maigres rations, de l’hygiène et des habitudes personnelles. Fort de son expérience en gestion, Eli jouait souvent le rôle de médiateur et de « trésorier », veillant à une répartition équitable des ressources. Ces tensions, bien que douloureuses, étaient une conséquence naturelle d’êtres humains poussés à leurs limites, illustrant la lutte brute pour la survie individuelle au sein d’un collectif.
5. Détérioration des conditions dans les tunnels
Comment décrire ce que l’on ressent quand on est englouti par une odeur aussi suffocante ? C’est une puanteur à laquelle on ne s’habitue jamais.
Réalités dures. Le transfert vers le second tunnel a marqué une dégradation significative des conditions de vie. Contrairement au premier, ce tunnel était dépourvu d’électricité, d’eau courante et de fournitures minimales. Les otages devaient dormir à même le sol, subir une faim constante et une puanteur omniprésente et insupportable due aux égouts débordants.
Crise d’hygiène. L’absence d’eau et de produits de nettoyage a entraîné une chute sévère de l’hygiène. Les douches étaient rares, les vêtements non lavés, et l’espace de vie devenait de plus en plus insalubre. Ce milieu favorisait :
- Diarrhées et vomissements constants chez les otages.
- Infections fongiques et ongles qui tombaient.
- Prolifération de vers dans les toilettes et sur les effets personnels.
Les ravisseurs, craignant la contagion, se montraient visiblement méfiants, isolant davantage les otages.
Faim chronique. Les rations alimentaires se réduisaient à un maigre repas quotidien, composé de pitas rassis, d’une boîte de fromage partagée ou de pâtes sans saveur. Cette famine délibérée provoquait une faiblesse extrême, des vertiges et une fonte physique visible. La faim constante devenait une obsession, alimentant conflits internes et tentatives désespérées d’obtenir de la nourriture supplémentaire, parfois par des simulacres d’évanouissement.
6. L’information, arme et bouée de sauvetage
Ils prennent soin de nous raconter, bien sûr, l’histoire des trois otages qui ont tenté de s’échapper et ont été tués par le feu des Tsahal. Ils insistent sur ce détail.
Propagande et manipulation. Les ravisseurs d’Eli leur servaient en permanence un récit déformé, présentant Israël comme en déroute et leurs propres forces comme victorieuses. Ils célébraient les rapports de « martyrs » et prétendaient avoir capturé de nouveaux soldats israéliens. Cette guerre psychologique visait à briser le moral des otages, à les convaincre qu’ils étaient oubliés et à dissuader toute tentative d’évasion en soulignant la mort de ceux qui avaient essayé.
Recherche désespérée de vérité. Privés d’accès direct à l’actualité, Eli et ses compagnons reconstituaient minutieusement les informations à partir de conversations entendues, d’extraits de journaux télévisés et des humeurs changeantes de leurs ravisseurs. Ils analysaient chaque « Allahu Akbar ! » et chaque plateau sucré de célébration, tentant de discerner l’état réel de la guerre et du monde extérieur. Cette analyse constante constituait un mécanisme vital d’adaptation, un moyen de conserver un semblant de contrôle.
Révélations douces-amères. Eli a appris la mort d’autres otages, dont son frère Yossi, par des remarques anodines de ses ravisseurs puis par la confirmation d’Ohad Ben Ami. Il a aussi entendu parler de l’élimination de dirigeants clés du Hamas et de la libération d’autres otages, mêlant douleur, espoir et détermination renouvelée. Ces nouvelles, aussi pénibles soient-elles, offraient une vision plus claire du conflit en cours et des enjeux de leur captivité.
7. Rituels et foi comme ancrages
Je ne sais pas si je ressens Dieu dans ces instants. Mais je ressens la puissance. Je ressens une connexion. À mon peuple. À notre tradition. À mon identité.
Existence structurée. Dans l’obscurité étouffante des tunnels, Eli et ses compagnons s’accrochaient à des routines et des rituels pour préserver leur santé mentale et leur identité. Ces pratiques offraient une structure indispensable dans un environnement chaotique et imprévisible. Elles devenaient des actes de résistance face à la déshumanisation.
Nourriture spirituelle. Malgré son parcours laïque, les prières et traditions juives sont devenues pour Eli des points d’ancrage puissants. Elia, un otage religieux, dirigeait les prières matinales quotidiennes et chantait les hymnes du sabbat, auxquels Eli et les autres se joignaient. Ces moments les reliaient à leur héritage, à leur famille et à un monde au-delà de leur souffrance immédiate.
- Prières matinales quotidiennes menées par Elia.
- Kiddouch du vendredi soir, avec Eli chantant « Eshet Hayil ».
- Zemirot (chants de table) pour clôturer le sabbat.
- Partage de souvenirs de repas de fête et de vie familiale.
Gratitude comme résilience. Eli a instauré un rituel nocturne où chaque otage partageait les « bonnes choses » survenues dans la journée. Cette pratique, d’abord difficile, les obligeait à chercher activement la positivité au milieu de la souffrance. Elle favorisait l’optimisme et un esprit collectif, transformant leur regard et renforçant leur volonté de survivre.
8. La révélation progressive d’une perte tragique
Ma mère et Osnat sont là. Ma Lianne, ma Noiya et ma Yahel — elles ne le sont pas.
Le supplice de l’incertitude. Tout au long de sa captivité, Eli s’est accroché à la conviction que son épouse Lianne et ses filles Noiya et Yahel étaient vivantes. Il raisonnait que leurs passeports britanniques pouvaient les avoir protégées, et un murmure d’un ravisseur évoquant leur présence à une manifestation alimentait cet espoir. Cette croyance constituait la pierre angulaire de sa mission de survie, un « pourquoi » puissant pour tenir.
Les nouvelles dévastatrices d’Ohad. L’arrivée d’Ohad Ben Ami, un membre du même kibboutz, a apporté à la fois réconfort et nouvelles accablantes. Ohad a confirmé la mort d’autres otages, dont Ori Danino, Almog Sarusi et Hersh Goldberg-Polin — des hommes avec qui Eli avait partagé un tunnel et qu’il croyait en sécurité. Plus profondément, Ohad a confirmé la mort de Yossi, le frère d’Eli, tué lors d’un bombardement de Tsahal.
La confirmation finale et silencieuse. À sa libération, les mots d’un officier de Tsahal, « Ta mère et Osnat te le diront », ont porté le coup de grâce muet. Eli a immédiatement compris que Lianne, Noiya et Yahel étaient parties. Ses années de préparation mentale au pire, tout en s’accrochant à l’espoir, lui ont permis d’affronter ce deuil inimaginable avec un détachement froid et logique, se concentrant plutôt sur la réunion immédiate avec sa famille survivante.
9. Le spectacle déshumanisant de la libération
Je sais que sans eux, chaque personne dans cette foule nous lyncherait sur place. C’est quelque chose auquel nous sommes habitués.
Une mise en scène orchestrée. La libération d’Eli n’a pas été une remise discrète, mais un spectacle de propagande minutieusement chorégraphié. Les opérateurs du Hamas dirigeaient chaque mouvement, de la sortie de la voiture à la montée sur scène, coachant les otages sur ce qu’ils devaient dire et comment sourire devant les caméras. Ce « tournage » servait le récit du Hamas, contraignant Eli à répéter leur rhétorique anti-israélienne.
Foules en délire. La libération s’est déroulée devant des foules massives et extatiques de Gazaouis, acclamant et se pressant pour voir les « civils juifs ». Eli et les autres otages étaient protégés par un bouclier humain de terroristes du Hamas, rappel glaçant que leurs ravisseurs étaient aussi leur seule protection contre une foule hostile. Cette dualité soulignait la nature perverse de leur captivité et de leur libération.
Liberté douce-amère. En montant dans un véhicule de la Croix-Rouge, Eli a finalement craqué, submergé par les mots « Tu es en sécurité maintenant ». Le trajet vers le point de remise aux forces israéliennes mêlait soulagement et traumatisme persistant face aux foules. La vue des soldats de Tsahal et du drapeau israélien signifiait la vraie liberté, mais elle fut immédiatement assombrie par la confirmation silencieuse du destin tragique de sa famille, rendant son retour profondément empreint d’amertume.
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