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City of Gold

City of Gold

Dubaï et le rêve du capitalisme
par Jim Krane 2009 368 pages
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Points clés

1. De l’oubli à l’ambition : les humbles débuts de Dubaï

« Personne ne pensait que ce village deviendrait une ville. Il était posé au bord d’un vaste désert, entouré d’une mer de sable. »

Une terre abandonnée. Pendant des siècles, Dubaï fut un village isolé et pauvre, fait de boue, sur la péninsule arabique, une terre brûlée par le soleil, sans rivières et aux côtes traîtresses. Sa population resta stagnante pendant plus d’un millénaire, ses habitants survivant grâce à la pêche, la plongée perlière et l’élevage nomade. Ce milieu hostile décourageait les étrangers, offrant aux locaux « la sécurité d’être indésirables ».

Le pari audacieux de Maktoum. Le destin du village bascula en 1833 lorsque le clan Al Bu Falasah, mené par le cheikh Maktoum bin Buti, fuit un conflit tribal à Abou Dhabi et prit le contrôle de Dubaï. Ce geste audacieux, qui doubla presque la population, marqua le début d’une dynastie Maktoum qui régnerait pendant 175 ans, réputée pour son « goût des décisions hardies ». Très tôt, Dubaï exploita son ruisseau stratégique, devenant port franc dès 1900, attirant des marchands iraniens en abolissant les droits de douane et en offrant des incitations comme des terrains gratuits.

L’essor et la chute dévastatrice. L’industrie perlière alimenta la croissance de Dubaï, représentant 95 % de l’économie du Golfe au début du XXe siècle. Mais cette monoculture fut catastrophique lorsque la Grande Dépression de 1929 fit chuter la demande et que les perles cultivées japonaises inondèrent le marché. La famine qui s’ensuivit força les Dubaïotes à manger criquets et lézards, révélant la fragilité d’une économie dépendante d’une seule exportation de luxe. Cette période difficile souligna l’impérieuse nécessité de diversification, une leçon que les futurs dirigeants de Dubaï gardèrent en mémoire.

2. Les paris visionnaires du cheikh Rashid : poser les fondations

« Rashid voulait que le nom de sa ville, Dubaï, soit sur toutes les lèvres de la planète. »

Une nouvelle ère de leadership. Le cheikh Rashid bin Saeed al-Maktoum, qui prit officiellement le pouvoir en 1958, hérita d’une ville encore largement primitive, dépourvue d’infrastructures de base comme l’électricité, l’eau courante ou les routes pavées. Contrairement à son père Saeed, au tempérament facile, Rashid était un « optimiste infatigable » doté d’une vision claire : transformer Dubaï en une ville luxueuse reconnue mondialement. Il méprisait la stagnation et possédait une « éthique de travail implacable » qui allait impulser une modernisation sans précédent.

L’infrastructure comme investissement. Le premier grand pari de Rashid fut le dragage du ruisseau de Dubaï en 1959, un projet coûtant 600 000 livres sterling (environ 3 millions de dollars) – soit plusieurs années de la production économique totale de Dubaï. Ce geste audacieux, financé par des taxes spéciales, des obligations et un prêt du Koweït, transforma cette voie d’eau peu profonde en un port vital capable d’accueillir de gros cargos, propulsant Dubaï à la tête du commerce dans le Golfe inférieur. Il introduisit ensuite rapidement l’électricité, le téléphone et un pont, souvent financés par des alliances stratégiques comme la dot de l’émir du Qatar.

Mégaprojets et défi. Même après la découverte de pétrole en 1966 (modeste 4 % des réserves des Émirats), Rashid poursuivit ses « paris au courage d’acier » sur d’immenses projets d’infrastructure, souvent contre l’avis des consultants britanniques. Il agrandit le port Rashid de 4 à 35 postes à quai, construisit les gigantesques chantiers navals de Dubaï, le célèbre World Trade Centre et le port immense de Jebel Ali – le plus grand port artificiel au monde. Ces investissements, d’abord critiqués comme des « complexes d’édifices », diversifièrent l’économie de Dubaï, transformant sa modeste richesse pétrolière en socle de croissance future et la distinguant de ses voisins riches en pétrole qui se contentaient de subventionner leur train de vie.

3. La naissance improbable des Émirats : la construction nationale de Zayed

« Dans ce monde, un homme doté d’un charisme illimité et d’une richesse sans bornes peut aller très loin. »

Une indépendance fragile. En 1971, alors que l’Empire britannique se retirait, les sept États de la Trêve faisaient face à un avenir incertain. Sans gouvernance centrale, infrastructures ni identité unifiée, ils étaient largement attendus pour être absorbés par des voisins plus puissants comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran. En effet, l’Iran s’empara de trois îles à la veille de l’indépendance, soulignant la vulnérabilité de la nouvelle nation. Cette situation précaire mit en lumière l’urgence d’un leadership fort et unificateur.

La vision unificatrice de Zayed. Le cheikh Zayed bin Sultan al-Nahyan d’Abou Dhabi, un « véritable chef bédouin » doté d’« un charisme illimité et d’une richesse sans bornes », émergea comme l’architecte des Émirats arabes unis. Malgré son manque d’éducation formelle, Zayed possédait une clairvoyance et une générosité remarquables. Son premier acte en tant que souverain d’Abou Dhabi en 1966 fut d’ouvrir les coffres du palais, invitant quiconque dans les États de la Trêve à recevoir des aides financières. Ce « grand don » favorisa la loyauté et contribua à souder des cheikhats disparates en une nation cohérente, faisant de Zayed le « père de son pays » vénéré.

Modernisation et stabilité. Zayed bâtit méthodiquement l’État moderne d’Abou Dhabi à partir de rien, investissant la richesse pétrolière dans les routes, écoles, hôpitaux et un plan urbain organisé. En tant que président des Émirats, il étendit cette formule de « générosité tribale » à tous les émirats, offrant aux citoyens terrains, logements, éducation et soins gratuits. Ce « meilleur système de protection sociale subventionné au monde » neutralisa efficacement l’opposition politique et assura la stabilité, déconcertant les politologues occidentaux qui prédisaient la chute des monarchies du Golfe.

4. L’ère du cheikh Mohammed : la course à la domination mondiale

« Faire de Dubaï une destination de vacances fut la première étape de la seconde phase de son développement, une phase dirigée par le cheikh Mohammed. »

Du ridicule au titan du tourisme. Au milieu des années 1980, le cheikh Mohammed bin Rashid al-Maktoum, alors prince héritier, fut moqué pour avoir suggéré que Dubaï devienne une destination touristique, les critiques pointant son « humidité, son soleil brûlant, son sable ardent et son désert stérile ! » Imperturbable, Mohammed exploita le soleil garanti, les plages fantastiques et une politique pragmatique sur l’alcool. Il modernisa l’aéroport, instaura une politique « ciel ouvert » et, surtout, lança la compagnie Emirates en 1985, transformant Dubaï en un hub aérien mondial.

Architecture emblématique et image mondiale. L’ambition de Mohammed s’étendit à la création de monuments immédiatement reconnaissables. Il commanda le Burj Al Arab, un hôtel en forme de voile conçu pour être « le bâtiment le plus intéressant » au monde, pas nécessairement le plus haut. Cette « tour des Arabes » devint une icône mondiale, ancrant la silhouette de Dubaï et attirant des touristes fortunés. Le secteur touristique explosa, passant de 400 000 visiteurs en 1985 à 7,3 millions en 2008, faisant de Dubaï une « Mecque pour les touristes occidentaux » au cœur de l’Arabie.

L’essor post-11 septembre et les zones franches. Les attentats du 11 septembre stimulèrent involontairement la croissance de Dubaï, les investisseurs arabes rapatriant des dizaines de milliards des États-Unis, cherchant des refuges plus sûrs dans le Golfe. Dubaï profita de cet afflux, connaissant une croissance annuelle fulgurante de 13 % entre 2000 et 2005. Le cheikh Mohammed pionnier des « zones franches » comme Dubai Internet City et Media City, offrant exonérations fiscales, propriété étrangère à 100 % et visas illimités. Ces « industries sur mesure » attirèrent des géants mondiaux de la tech et des médias, injectant productivité et compétences dans l’économie et établissant Dubaï comme un centre d’affaires régional.

5. L’extravagance immobilière : îles artificielles et gratte-ciels géants

« Il décréta que les étrangers pouvaient acheter des maisons. »

Déchaîner un typhon de demande. En 2002, le cheikh Mohammed prit la « décision la plus importante » en autorisant les étrangers à acquérir des biens immobiliers, faisant de Dubaï le seul endroit dans le Golfe où les expatriés pouvaient posséder un bien. Cela libéra un « typhon de demande refoulée », attirant investisseurs et professionnels du monde entier. La ville devint rapidement un immense chantier, bulldozers aplanissant le désert et grues dominant l’horizon, valant à Dubaï le surnom de « plus grand dépôt mondial de grues de construction ».

Merveilles artificielles. Le boom immobilier se caractérisa par des projets audacieux, souvent extravagants. Nakheel, promoteur public, construisit Palm Jumeirah, une île artificielle en forme de palmier avec 77 km de littoral neuf, vendue en trois jours – alors qu’elle était encore en mer ouverte. Suivirent Palm Jebel Ali, encore plus grande, Palm Deira, de la taille de Manhattan, et « The World », un archipel de 300 îles formant une carte du monde. Ces projets, d’abord jugés folies, créèrent des milliards d’actifs et cimentèrent la réputation de Dubaï pour repousser « les limites du possible ».

Le Burj Dubaï : un demi-mile vers le ciel. Le joyau de ce boom fut le Burj Dubaï (aujourd’hui Burj Khalifa), conçu comme le plus haut bâtiment du monde. S’élevant à plus de 828 mètres, cette « fusée martienne » de verre et d’acier devint la plus haute structure humaine jamais construite, érigée à un rythme effréné d’un étage tous les trois jours. Le Burj, avec ses mégas centres commerciaux et développements de luxe, symbolisa la quête incessante de superlatifs de Dubaï. Cette ère de « capitalisme débridé » et d’investissements spéculatifs sema cependant les graines d’une vulnérabilité économique future.

6. Le coût humain : exploitation des travailleurs et stratification sociale

« Ils sont comme des bougies qui brûlent et fondent pour éclairer les autres. »

La main-d’œuvre invisible. La silhouette étincelante de Dubaï et son style de vie luxueux reposent sur le dos d’une vaste main-d’œuvre migrante largement invisible, principalement originaire d’Inde, du Pakistan et du Bangladesh. Ces hommes, plus de 1,5 million, travaillent dans des « conditions difficiles et dangereuses » pour des salaires dérisoires, souvent 60 heures par semaine sous une chaleur extrême. Ils vivent dans des « camps de travail précaires » comme Sonapur (« la cité de l’or »), cachés de l’opulence urbaine, envoyant presque tous leurs revenus à leurs familles restées au pays.

Exploitation et négligence. Nombre d’ouvriers tombent dans un « piège de la dette », payant des frais exorbitants à des agents recruteurs dans leur pays d’origine, pour découvrir à Dubaï des salaires inférieurs aux promesses. Cette servitude par la dette, combinée au fait que les entreprises retiennent souvent leurs passeports, les maintient dans un état vulnérable, quasi « esclavagiste ». Des centaines meurent chaque année sur les chantiers, victimes de normes de sécurité laxistes et d’un manque de formation, les chutes étant la principale cause. La réponse gouvernementale à ces problèmes reste lente, privilégiant souvent la croissance économique au bien-être des travailleurs.

Trafic sexuel et maux sociaux. La démographie masculine dominante de Dubaï (plus de 75 % d’hommes) et son « atmosphère de tolérance » en ont fait un centre de prostitution et de trafic humain. Des femmes d’Europe de l’Est, d’Asie et d’Afrique sont attirées par de fausses promesses d’emploi, se voient confisquer leurs passeports et forcées à la prostitution pour rembourser des dettes fictives. Bien que les Émirats aient adopté une loi anti-trafic en 2006, son application reste faible, et les victimes sont souvent poursuivies, révélant les « vies brisées » sous la façade glamour de Dubaï.

7. L’irresponsabilité environnementale : le cauchemar climatisé

« Si chaque personne sur terre consommait autant que celles des Émirats et des États-Unis, il faudrait quatre planètes et demie pour fournir les ressources. »

La plus grande empreinte écologique mondiale. Le développement rapide de Dubaï s’est fait à un coût environnemental sévère, transformant une société autrefois durable en la plus vorace consommatrice d’énergie et productrice de gaz à effet de serre. En 2006, les habitants des Émirats avaient la plus grande « empreinte écologique » au monde, dépassant même les Américains, alimentée par une culture de maisons climatisées gigantesques, de 4x4 monstrueux et un mépris des transports publics. Cette consommation insoutenable est aggravée par le fait que 80 % de l’eau de Dubaï est dessalée, un procédé brûlant d’énormes quantités de combustibles fossiles.

Monuments au passé. L’urbanisme de Dubaï, caractérisé par des gratte-ciels en verre énergivores et des banlieues tentaculaires, reflète une philosophie « construire d’abord, poser les questions ensuite » qui a ignoré les préoccupations environnementales. Les promoteurs, voyant les projets personnels du cheikh Mohammed négliger la durabilité, ont suivi cet exemple. Des critiques comme Mathis Wackernagel qualifient les tours scintillantes de Dubaï de « monuments au passé », voués à devenir obsolètes face à la montée des coûts énergétiques. La « hâte à construire et vendre » a créé une demande d’électricité dangereusement élevée, dépassant l’offre dans un pays pourtant riche en énergie.

Un réveil lent. Malgré la dévastation environnementale – enfouissement des récifs coralliens et herbiers marins par les îles artificielles, modification des courants du Golfe – la direction de Dubaï a tardé à agir. Cependant, un « réveil lent » s’amorce. En 2007, le cheikh Mohammed imposa que tous les nouveaux bâtiments respectent des normes écologiques, une directive parmi les plus strictes au monde. Tandis qu’Abou Dhabi innove avec des villes durables comme Masdar, Dubaï fait face au défi immense de rénover ses infrastructures existantes et de modifier ses habitudes de consommation pour assurer sa viabilité à long terme.

8. Le dilemme démographique : une nation submergée par les étrangers

« Chaque jour, quand je parcours la ville, je me demande : ‘Où sont les miens ? Où sont les citoyens locaux de mon propre pays ? Où sont-ils ? Je ne les trouve pas.’ »

Une minorité sur sa propre terre. Dubaï est sans doute la ville la plus cosmopolite au monde, avec 95 % de ses 2 millions d’habitants étrangers venus de 200 pays. Cette « folie démographique » a réduit les Émiratis à une minorité en déclin, ne représentant qu’environ 100 000 personnes à Dubaï et 15 % de la population totale des Émirats. La culture locale autrefois vibrante a été « submergée par une mondialisation totale », les Émiratis se retranchant dans des quartiers fermés et devenant de plus en plus clanique.

Crise d’identité et réaction. Le « problème des étrangers » a déclenché un débat national audacieux et un rejet de l’immigration parmi les Émiratis, qui le perçoivent comme une « crise de sécurité nationale ». Le chef de la police de Dubaï, le général Dhahi Khalfan, a averti que « sans mesures drastiques, nous disparaîtrons dans la vague des travailleurs étrangers ». Les lois strictes sur la citoyenneté, refusant la nationalité même aux résidents de longue date et aux enfants d’Émiratis mariées à des étrangers, aggravent la situation, suscitant la crainte que le droit international finisse par accorder la citoyenneté à ces « résidents de seconde zone ».

Le paradoxe de « l’enfant gâté ». Si les Émiratis jouissent d’immenses privilèges – terrains gratuits, services publics subventionnés, éducation et emplois gouvernementaux bien rémunérés – ce « pacte tribal tacite » a nourri une « attitude privilégiée » et un manque d’incitation à travailler dans le secteur privé. Cela crée un paradoxe où une population aisée se sent marginalisée et désorientée dans son propre pays en rapide mutation. Le ralentissement économique offre cependant une « bénédiction » potentielle, avec le départ de milliers d’étrangers, ouvr

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Report Issue

Résumé des avis

3.97 sur 5
Moyenne de 500+ évaluations de Goodreads et Amazon.

City of Gold propose une analyse approfondie de l’histoire et de la métamorphose de Dubaï. Les lecteurs saluent son approche équilibrée, qui met en lumière à la fois les réussites et les difficultés rencontrées. Cet ouvrage offre des éclairages précieux sur le développement rapide de la ville, sa gouvernance ainsi que ses enjeux sociaux. Nombreux sont ceux qui ont trouvé le livre à la fois instructif et captivant, notamment grâce aux passages consacrés à l’histoire. Certains ont toutefois reproché des informations parfois dépassées et un focus un peu aride sur l’économie. Dans l’ensemble, les critiques recommandent cette lecture à ceux qui souhaitent comprendre l’essor de Dubaï, même si les lecteurs occasionnels pourraient y rencontrer quelques passages moins accessibles.

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À propos de l'auteur

Jim Krane est un journaliste et auteur américain reconnu pour son expertise sur le Moyen-Orient. De 2005 à 2009, il a exercé en tant que correspondant dans le Golfe pour l’Associated Press, basé à Dubaï. Cette expérience, mêlant vie sur place et reportage, lui a offert une perspective unique sur le développement et la culture de Dubaï. Son style d’écriture, à la fois captivant et rigoureusement documenté, allie avec finesse le récit et l’analyse factuelle. Fort de son parcours journalistique, Jim Krane aborde des sujets complexes tels que l’histoire, l’économie et les dynamiques sociales de la ville-État. Son travail a largement contribué à enrichir la compréhension occidentale de cette métropole en pleine mutation.

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