Points clés
1. Une enfance interrompue : l’essor du nazisme
Les yeux d’enfant de ma fille considéraient la grandeur majestueuse et la sophistication de la ville comme allant de soi ; c’était son foyer, et j’étais une vraie Viennoise.
Des débuts idylliques. La jeunesse d’Eva Schloss à Vienne fut marquée par le confort et des liens familiaux étroits, un cadre typique d’une famille juive de la classe moyenne dans un centre culturel vibrant. Son père, Erich Geiringer, propriétaire prospère d’une usine de chaussures, et sa mère, Fritzi, offraient un foyer aimant à Eva et à son frère aîné, Heinz. Malgré un mode de vie laïque, les traditions juives, comme les dîners du sabbat, étaient chéries, nourrissant un fort sentiment d’identité.
Les murmures du changement. Les turbulences économiques des années 1930 et la montée de l’antisémitisme à Vienne s’immisçaient peu à peu dans leur monde protégé. Le premier contact direct d’Eva avec le préjugé survint lorsqu’une mère d’amie lui claqua la porte au nez en déclarant : « Nous n’avons plus à nous encombrer de votre genre. » L’Anschluss de 1938, lorsque l’Allemagne annexa l’Autriche, apporta la domination nazie et ses réalités brutales à leur porte.
Un exode forcé. Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, les familles juives subirent une persécution croissante : interdictions d’emploi, confiscations de biens, humiliations publiques. Anticipant le danger, le père d’Eva avait déjà investi dans une usine de chaussures aux Pays-Bas, offrant une voie d’évasion précaire. La famille dut vendre ses biens précieux, et Eva, Heinz et Fritzi s’enfuirent à Bruxelles, laissant Erich assurer leur avenir en Hollande, une séparation temporaire annonciatrice de pertes plus grandes.
2. Le périlleux chemin vers la clandestinité
Nous étions véritablement des « apatrides », et n’étions accueillis nulle part.
La vie de réfugiés. Après leur fuite de Vienne, Eva, sa mère et Heinz traversèrent une période traumatisante de réfugiés à Bruxelles, confrontés à des attitudes hostiles et à la menace constante d’être découverts. Eva peinait avec une nouvelle langue et la perte de son ancienne vie, tandis que Heinz développa un bégaiement dû au traumatisme. Cette période fut marquée par un épisode profondément perturbant d’abus sexuel par un autre pensionnaire, M. Dubois, qui laissa Eva repliée sur elle-même et honteuse, soulignant l’impuissance de ses parents face aux maux du monde.
Un répit à Amsterdam. En février 1940, la famille se retrouva enfin à Amsterdam, retrouvant un semblant de normalité et de bonheur. Eva s’épanouit, se faisant de nouveaux amis comme Anne Frank, et redécouvrit sa nature extravertie à travers les jeux et le vélo. Heinz développa ses talents artistiques, et la famille trouva refuge dans la musique et les parties de bridge, formant une unité soudée.
Le filet se resserre. Cette paix fragile fut brisée le 10 mai 1940, lorsque l’Allemagne envahit les Pays-Bas. Malgré le déni initial des Néerlandais, le pays tomba rapidement sous occupation nazie, entraînant une cascade de lois anti-juives restrictives. La famille fut contrainte de porter l’étoile jaune, et les rumeurs de « camps de travail » à l’Est devinrent de plus en plus sinistres. Lorsque Heinz reçut un ordre de déportation en juillet 1942, le père d’Eva déclara : « Je pense qu’il est temps pour nous de disparaître. »
3. Trahison et portes d’Auschwitz
J’ai été arrêtée par les nazis le jour de mes quinze ans.
La vie cachée. Eva et sa mère, déguisées sous de fausses identités, entrèrent dans une existence faite de peur constante et d’ennui, se déplaçant entre plusieurs cachettes sûres fournies par des résistants néerlandais courageux. Leurs journées étaient un cycle monotone de silence et d’angoisse, ponctué par la terrifiante possibilité de descentes de la Gestapo. Le seul répit venait des visites clandestines avec le père d’Eva et Heinz, cachés séparément, et des émissions de la BBC qui apportaient des nouvelles de la guerre et des murmures glaçants d’un camp de la mort nommé Auschwitz.
La trahison ultime. Le jour de ses quinze ans, le 11 mai 1944, leur refuge fut perquisitionné. Ils furent trahis par un réseau d’informateurs, dont Miep Braams et Branca Simons, qui attiraient des familles juives dans de fausses cachettes pour un gain financier. Le père d’Eva et Heinz avaient également été capturés par une ruse similaire, une révélation dévastatrice qui intensifia la terreur d’Eva lors de son brutal interrogatoire par la Gestapo.
Westerbork et le voyage vers l’enfer. Après leur emprisonnement, la famille fut envoyée à Westerbork, un camp de transit néerlandais. Bien que les conditions y fussent initialement moins sévères, ce n’était qu’une étape avant les redoutables transports vers l’Est. Deux jours seulement après leur arrivée, Eva, sa mère, son père et Heinz furent entassés dans un train à bestiaux en direction d’Auschwitz-Birkenau. Ce voyage de trois jours fut une épreuve horrible d’obscurité, de soif et de désespoir, culminant avec leur arrivée dans l’infâme camp de la mort.
4. Survivre en enfer à Birkenau
Lorsque j’ai été conduite loin de la gare d’Auschwitz, j’ai laissé derrière moi l’Eva Geiringer enfantine et ses rêves.
La sélection. À leur arrivée à Auschwitz-Birkenau, Eva et sa famille furent immédiatement soumis à la sélection par Josef Mengele. La présence d’esprit de sa mère, qui habilla Eva d’un manteau et d’un chapeau pour la faire paraître plus âgée, lui sauva la vie ; les enfants de moins de quinze ans étaient envoyés directement aux chambres à gaz. Eva fut l’une des sept seuls enfants de son convoi à survivre à cette première sélection. Elle fut séparée de son père et de son frère, une séparation qui s’avéra définitive.
Dépouillée d’humanité. Eva devint la prisonnière A/5272, subissant la déshumanisation systématique du camp. Elle fut forcée de se déshabiller, eut la tête et le corps rasés, et reçut un tatouage avec son numéro. Le camp était un monde de saleté, de famine et de dépravation, où survivre dépendait de l’adaptation à des conditions inimaginables et de la lutte pour chaque morceau de nourriture. Eva apprit à troquer et à fouiller, s’accrochant à de petits actes de défi et de solidarité.
Un ange en enfer. Un tournant crucial survint lorsque Eva contracta le typhus. Les supplications désespérées de sa mère aboutirent à une intervention miraculeuse de sa cousine Minni, infirmière à l’hôpital du camp. Minni, dont le mari était médecin soignant des nazis, utilisa sa position privilégiée pour obtenir des médicaments pour Eva, lui sauvant la vie. Minni devint leur « ange », offrant de petits réconforts et sauvant plus tard la mère d’Eva des chambres à gaz.
5. Le poids insupportable de la perte
Je sentis ses bras se raidir et il recula, me regardant avec une horreur et une douleur indicibles.
Le sinistre « Canada ». Eva et sa mère furent affectées à « Canada », l’unité chargée de trier les vastes piles d’effets personnels confisqués aux prisonniers arrivants. Cette « terre d’abondance » contrastait violemment avec le reste du camp, mais elle était aussi un sinistre cimetière de vies volées. Le travail d’Eva consistait à fouiller dans des objets personnels, découvrant souvent des photos de famille soigneusement pliées, rappel poignant des millions de vies fauchées.
L’espoir d’un père, le désespoir d’une fille. Pendant son séjour à Canada, Eva renoua avec son père à travers la clôture électrifiée. Il travaillait au bureau du bois et parvenait à lui rendre visite, apportant un bref souffle d’espoir. Mais ses visites cessèrent brusquement, laissant Eva craindre le pire. Plus tard, sa mère fut « sélectionnée » pour les chambres à gaz, et Eva, croyant sa mère morte, sombra dans une profonde dépression, perdant toute volonté de vivre.
Les adieux définitifs. Dans un moment d’angoisse profonde, Eva retrouva son père, qui avait réussi à lui procurer de la nourriture supplémentaire. Submergée, elle lui confia sa conviction que sa mère avait été gazée. Son visage, marqué par l’horreur, fut la dernière image qu’elle eut de lui. Le père d’Eva et son frère Heinz périrent lors de la marche de la mort forcée d’Auschwitz à Mauthausen, leurs destins exacts demeurant un mystère douloureux.
6. Libération et long chemin du retour
J’étais véritablement libérée, et terrifiée.
La fin d’Auschwitz. À la fin de 1944, la guerre tournait contre l’Allemagne, et Himmler ordonna la destruction des chambres à gaz pour dissimuler les preuves. Alors que les forces soviétiques avançaient, la SS commença à évacuer les prisonniers lors de « marches de la mort » forcées. Eva et sa mère, trop faibles pour marcher, furent parmi les rares laissées derrière lorsque les Allemands abandonnèrent le camp le 19 janvier 1945.
Une liberté fragile. Les jours qui suivirent immédiatement le départ des Allemands furent un mélange de soulagement et de danger persistant. Eva, sa mère et d’autres survivants s’organisèrent, cherchant nourriture et vêtements chauds. Ils durent accomplir la tâche lugubre de transporter les corps de ceux morts du froid ou d’avoir trop mangé trop vite. Le 27 janvier 1945, les soldats soviétiques arrivèrent, apportant la libération et un avenir nouveau, bien qu’incertain.
Le retour. Eva et sa mère entreprirent un long et pénible voyage à travers une Pologne et une Ukraine dévastées par la guerre, atteignant finalement le port d’Odessa sur la mer Noire. En chemin, Eva retrouva brièvement Otto Frank, lui aussi à la recherche de ses filles. Une séparation déchirante d’avec sa mère à Lemberg mit à l’épreuve la résilience d’Eva, mais elles se retrouvèrent finalement à Czernowitz. La guerre prit fin alors qu’elles étaient à Odessa, et elles purent enfin embarquer sur un navire militaire à destination de Marseille, puis un train pour Amsterdam, une ville marquée par l’« hiver de la faim » et souvent indifférente au sort des réfugiés juifs de retour.
7. Reconstruire une vie au milieu des ombres persistantes
Le reste de ma vie commence maintenant, mais je ne sais pas quoi en faire.
Un retour creux. De retour à Amsterdam, Eva et sa mère retrouvèrent leur appartement au Merwedeplein intact, une étrange capsule temporelle de leur vie d’avant-guerre. Pourtant, la ville elle-même semblait terne et peu accueillante, et la population néerlandaise, ayant subi ses propres épreuves, montrait peu d’intérêt pour le sort des réfugiés juifs revenus. Eva lutta contre un profond sentiment de déracinement et le chagrin accablant de la perte de son père et de son frère.
La lettre du Croissant-Rouge. La terrible nouvelle de la mort d’Erich et Heinz arriva par une lettre froide et officielle du Croissant-Rouge, le 8 août 1945. Cette confirmation plongea Eva dans une dépression profonde, marquée par l’auto-accusation et l’incrédulité persistante que son père fort et son frère talentueux aient pu périr alors qu’elle survivait. Les informations contradictoires et le manque de réponses claires du Croissant-Rouge ne firent qu’intensifier leur douleur.
Retrouver l’héritage de Heinz. Malgré son désespoir, Eva s’accrocha au souvenir de Heinz cachant ses peintures. Elle persuada sa mère de visiter leur ancienne cachette, où elles découvrirent vingt œuvres de Heinz et dix de son père, miraculeusement préservées. Cette découverte fut un lien poignant avec leurs proches disparus, un rappel tangible du talent de Heinz et une source de réconfort au milieu de leur immense chagrin.
8. Une nouvelle famille et l’héritage d’Anne Frank
Nous avons toutes deux tant souffert, et nous nous comprenons parfaitement.
Le réconfort d’Otto Frank. Otto Frank, dévasté par la perte d’Anne et Margot, devint un visiteur fréquent d’Eva et de sa mère, Fritzi, cherchant un soutien mutuel. C’est à cette époque qu’Otto partagea le journal d’Anne, un récit brut et intime révélant une fille qu’il n’avait pas pleinement connue. Ce deuil partagé et cette compréhension posèrent les bases d’un lien profond entre Otto et Fritzi.
Un nouveau chapitre. La mère d’Eva et Otto Frank tombèrent finalement amoureux et se marièrent en 1953, lors d’une cérémonie discrète que Fritzi garda d’abord secrète, en raison de sa proximité avec l’anniversaire du père d’Eva. Cette union, née d’un traumatisme commun et d’une profonde compréhension, offrit à Fritzi une nouvelle vie et un partenaire qui la considérait en égale. Pour Eva, ce fut un beau-père et la liberté de poursuivre sa propre vie.
La présence durable d’Anne. Otto consacra sa vie à préserver l’héritage d’Anne, veillant à la publication et à la traduction mondiale de son journal. Lui et Fritzi gérèrent sans relâche la Maison et la Fondation Anne Frank, répondant à d’innombrables lettres et défendant l’authenticité du journal face aux négationnistes. Bien qu’Otto fût un beau-père et grand-père aimant, la mémoire d’Anne éclipsait souvent leur nouvelle famille, Otto utilisant parfois Anne comme exemple pour les enfants d’Eva, une pratique qui les fit parfois se sentir vivre dans son ombre.
9. Trouver sa voix : du silence à l’engagement
J’étais terrifiée quand on m’a demandé de parler, je ne sais même pas d’où sont venues les paroles.
Une vie de lutte silencieuse. Pendant des décennies après la guerre, Eva resta une « coquille intimidée » d’elle-même, paralysée par la timidité et le traumatisme indicible d’Auschwitz. Malgré une vie réussie à Londres avec son mari Zvi, l’éducation de leurs trois filles et la gestion d’une boutique d’antiquités, elle portait en elle une lutte profonde. La question de sa « normalité » après de telles expériences la hantait, et elle sentait qu’une part d’elle-même manquait.
Le tournant. En 1986, Eva fut invitée à prendre la parole lors de l’ouverture de l’exposition itinérante Anne Frank à Londres. Cette demande inattendue, d’abord source de terreur, devint un moment décisif. En parlant, le barrage des souvenirs refoulés céda, et son histoire se déversa. Cette expérience, bien que drainante, alluma en elle un nouveau but, la poussant à affronter son passé et à partager son témoignage.
Du personnel au public. Avec le soutien de Zvi, Eva commença à façonner son récit, passant de faits bruts à des narrations profondément émotionnelles. Elle comprit le pouvoir de son expérience personnelle pour toucher les autres et diffuser un message de tolérance. Cela mena à son premier livre, « L’histoire d’Eva », un récit cru de son temps à Auschwitz, puis à une pièce de théâtre, « And Then They Came For Me », qui porta son histoire sur les scènes du monde entier.
10. Affronter le passé : éducation et empathie
J’ai été touchée qu’ils réagissent avec un tel sentiment sincère à mes expériences.
Le pouvoir du témoignage. Le parcours d’Eva en tant qu’éducatrice de l’Holocauste débuta avec ses interventions à l’exposition Anne Frank, évoluant vers une mission de partage de son histoire auprès de publics variés. Elle constata que la communication directe et sincère, plutôt que les discours préparés, touchait le plus profondément. Ses expériences lui enseignèrent l’importance de l’empathie et de la compréhension, surtout face à des vérités historiques difficiles.
Atteindre des communautés diverses. Le travail d’Eva s’étendit aux écoles et aux prisons, où elle s’adressa aux jeunes et aux détenus. Elle trouva un terrain d’entente avec ceux qui se sentaient différents, harcelés ou sans espoir, insistant sur le fait qu’« il y a toujours de l’espoir ». Son récit, livré avec une honnêteté brute, aida les prisonniers à réfléchir sur leur propre vie et les dangers des préjugés, cultivant un sens de responsabilité et d’empathie.
Un message universel. La pièce « And Then They Came For Me » devint un puissant vecteur de son message, jouée dans divers pays et contextes. Du Sénat de l’État américain aux écoles rurales, et même en Lettonie pour rapprocher des communautés ethniques, Eva fut témoin de l’impact transformateur de son histoire. Elle vit comment elle résonnait chez ceux affectés par la guerre, la
Résumé des avis
Après Auschwitz reçoit des critiques extrêmement positives (4,32/5), les lecteurs saluant le témoignage poignant d’Eva Schloss sur l’Holocauste. Ils apprécient son récit de survie à Auschwitz à l’âge de quinze ans et valorisent tout particulièrement la partie consacrée à la vie d’après-guerre et à la reconstruction. Nombreux sont ceux qui soulignent l’importance de son message d’espoir, d’humanité et de prévention des atrocités futures. Certains critiques relèvent que la seconde moitié, centrée sur la vie domestique, semble quelque peu déconnectée du récit du camp. Les lecteurs insistent sur le fait que ce mémoire se tient indépendamment de l’histoire d’Anne Frank, célébrant la voix unique et la résilience d’Eva.